Phénoménologue de la technique

Autor/Hrsg Auteur/Editeur: Sonolet, Daglind; Anders, Günther
2006, Presses Universitaires de Bordeaux, ISBN10: 2867813972

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Rezension / Compte rendu:
Panders, un pari sur l’humanité

Günther Anders (1902-1992) est considéré comme l’un des grands penseurs de la modernité technique. Un phénoménologue, écrit Daglind Sonolet, sociologue de la culture et spécialiste de l’histoire des idées dans les pays de langue allemande au XXe siècle. Anders considère que les catastrophes du siècle dernier, des guerres mondiales à Auschwitz et de Hiroshima à la menace nucléaire, montrent le déséquilibre entre la capacité de l’homme à inventer et son incapacité à imaginer les conséquences de ses inventions. L’être humain asservi à la machine, aveuglé par la technique, « innocemment coupable » (Sonolet) dans l’engrenage de la production, de la consommation et de la bureaucratie, « se laisse embrigader dans des projets collectifs promettant un avenir radieux au nom duquel des populations entières sont exclues, persécutées et tuées ». Daglind Sonlet rappelle que Günther Anders, juif allemand exilé en France et aux Etats-Unis avant de s’établir en Autriche, ami de Brecht et de Marcuse, esprit indépendant ignoré par l’opinion publique, a revendiqué ce destin d’exilé et de marginal pour en faire le fondement d’une position critique, « l’obsolescence de l’homme », titre de son œuvre maîtresse. L’intérêt en France pour sa philosophie de la technique est relativement récent, alors que ses propos ont largement marqué les débats sur le réarmement de l’Allemagne (de l’Ouest) dans les années 50 et plus tard sur le pacifisme et le recours au nucléaire. Philosophe témoin des catastrophes de son siècle, Anders a pratiqué tous les genres littéraires, « sans être poète, sans être écrivain ou critique littéraire ». Daglind Sonlet revient dans le détail sur les divers aspects de la philosophie andersienne, sur ces processus volontaires-involontaires par lesquels l’individu cherche à s’adapter au monde technique en trahissant son humanité. Pour elle, ce qui distingue l’anthropologie d’Anders, c’est « la description sans complaisance de la déficience constitutionnelle de l’homme ». Elle analyse aussi les rapports « ambivalents d’admiration et de répulsion » qu’Anders entretenait avec la philosophie de Heidegger, son éthique contradictoire (« un nihilisme annihiliste ») et sa confession d’être à la fois pompier et pyromane, selon qu’il combat contre le danger nucléaire ou qu’il fait de la philosophie. En conclusion, l’auteur note que ce qui distingue la pensée d’Anders de celle des postmodernes antihumanistes est « l’absence de toute complaisance dans la description de l’homme soumis et du discrédit des normes humanistes ». Son œuvre, écrit-elle, « peut être lue comme un pari sur l’humanité de l’homme ».
Jérôme Pascal

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