Fremde neue Welten

Reisen deutscher und französischer Linksintellektueller in die Sowjetunion 1917-1939

Autor/Hrsg Auteur/Editeur: Oberloskamp, Eva
2011, Oldenburg, Munich 2011, ISBN10: 3486704036

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Rezension / Compte rendu:
Par curiosité intellectuelle

Quand Français et Allemands découvraient la Révolution d'Octobre.

La Révolution d'Octobre 1917 a attiré bon nombre d'intellectuels du monde entier dans cette nouvelle Russie qui venait de se donner pour objectif de réaliser l'utopie du socialisme. Des mondes nouveaux étrangers - c'est ce que propose l'auteur d'une imposante étude sur les voyages effectués en Union soviétique par des intellectuels de gauche français et allemands entre 1917 et 1939.

Cet ouvrage reprend la thèse de doctorat présentée en cotutelle par Eva Oberloskamp en 2008 à l’université Ludwig-Maximilian de Munich et à la Sorbonne à Paris. Curiosité, fascination, craintes aussi – les réactions du Vieux Continent sont diverses et ont fait l’objet de quelques écrits, pas tous publiés, qui permettent aujourd’hui de mieux comprendre les intellectuels francophones et germanophones qui ont joué un rôle plus ou moins déterminant dans la vie publique de la Troisième République et de celle de Weimar. L’auteur en a sélectionné 50 pour cette comparaison franco-allemande des milieux de gauche entre les deux guerres mondiales. On y retrouve les noms de Walter Benjamin et d’André Gide, de Lion Feuchtwanger et d’André Malraux, d’Arthur Koestler et de Louis Aragon. Pour ce travail de recherche, l’auteur a d’abord donné sa définition des intellectuels et de la gauche dans les années 20 et 30 du 20e siècle – une notion étroitement liée en France aux conséquences de l’affaire Dreyfus et à l’engagement d’Emile Zola (« J’accuse ! »). En Allemagne, cette notion d’intellectuel est moins précise. Après la chute de l’Empire, elle désignait essentiellement des représentants de l’université, moins présents politiquement qu’en France, compte tenu du peu de libertés politiques accordées par les autorités, mais aussi de la volonté d’indépendance nourrie par les chercheurs universitaires. Le vocable « Intellektueller » n’apparaîtra dans les dictionnaires allemands qu’à la fin des années 20, après de longs débats lancés surtout par des sociologues. Plusieurs écrivains se sont mis plutôt au service de l’idéologie (Johannes Becher à gauche, Ernst Jünger à droite) pour traduire la volonté des intellectuels allemands de « révolutionner » le système en place. De même, la notion de gauche diffère dans les deux pays. En France, elle désignait à l’origine la place occupée dans l’Assemblée nationale en 1789 par ceux qui aspiraient à une plus grande souveraineté du peuple, prônant une monarchie constitutionnelle et la fondation d’une République contre l’avis des députés, assis à droite, qui s’opposaient à une parlementarisation de la monarchie. En Allemagne, la notion de gauche est associée depuis la République de Weimar à celle d’opposition, avec une connotation négative, d’aucuns lui reprochant par exemple de ne pas être assez nationale. Ceci dit, les intellectuels de gauche, français et allemands, ont cherché rapidement à découvrir et à comprendre cette nouvelle Russie, dévastée parla guerre et confrontée à l’action de ses ennemis, autant intérieurs qu’extérieurs, jusqu’en 1921. Le premier observateur a été le journaliste René Marchand, correspondant du « Petit Parisien » et du « Figaro » à Saint-Petersbourg (rebaptisée Petrograd au début de la Première Guerre mondiale), arrivé en Russie au cours de la première décennie du 20e siècle et marié à une Russe. Il restera en poste jusqu’en 1926, après avoir travaillé pendant toute la guerre et la Révolution bolchévique. Marchand a publié dès 1918, sous forme de lettre au président Raymond Poincaré, une brochure (« Pour la Russie socialiste ») dans laquelle il explique son ralliement à la révolution sociale. Le premier témoin allemand est également journaliste : Alfons Paquet, correspondant de la Frankfurter Zeitung, restera quelques semaines dans la capitale soviétique en 1918, avant de publier l’année suivante ses « Lettres de Moscou » (« Im kommunistischen Russland. Briefe aus Moskau »), puis deux autres ouvrages sur la Révolution russe et sur la « terreur rouge » au lendemain de l’attentat manqué contre Lénine le 31 août 1918. En 1919, c’est le journaliste et écrivain français Henri Guilbeaux, pacifiste et socialiste, condamné à mort par contumace pour haute trahison avec l’ennemi allemand à Paris, qui se rend à Moscou. Il avait été expulsé de Suisse en 1915, en raison de ses contacts avec Lénine. Il reste jusqu’en 1922 dans « la République des soviets de Russie » (titre d’une brochure qu’il publie en 1919), puis s’installe à Berlin, d’où il écrit plusieurs ouvrages, notamment une biographie de Lénine. D’autres témoignages sont publiés au cours des années 20, à l’issue de voyages initiés par des journaux économiques (Alfons Goldschmidt), le parti communiste allemand des travailleurs (Franz Jung) ou par le congrès du « Komintern » (Wilhelm Herzog et Maurice Vandamme, ce dernier sera arrêté dès son arrivée pour espionnage au profit de la France). La plupart de ces voyages ont eu lieu sans autorisation, parfois dans des conditions rocambolesques. Après la fin de la guerre civile en 1922, et ce malgré les obstacles de la bureaucratie (française, allemande et russe), les déplacements ont été plus nombreux – ingénieurs, techniciens, fonctionnaires, hommes politiques et militaires se sont rendus à Moscou, les journalistes et chercheurs ont effectué le voyage le plus souvent sur invitation de l’Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS) en décembre 1922. Le tourisme international ne se développera que dans les années 30, après l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir (1933) et l’adhésion de l’Union soviétique à la Société des Nations (1934). Eva Oberloskamp analyse bien sûr les diverses publications consacrées à la Russie nouvelle, mais aussi les lettres et les notes prises par les intellectuels français et allemands lors de ces voyages. Quatre sujets principaux ressortent de cette lecture : la politique soviétique (tout particulièrement la dictature du prolétariat), le système économique socialiste, les développements intellectuels et la société égalitaire proclamée par le régime. André Gide aura été le seul à faire un parallèle entre les dictatures du communisme à Moscou et du national-socialisme à Berlin : « Et je ne doute qu’en aucun autre pays aujourd’hui, fût-ce dans l’Allemagne de Hitler, l’esprit soit moins libre, plus courbé, plus craintif (terrorisé), plus vassalisé ». Henri Barbusse au contraire trouvera des aspects positifs au régime de la « dictature organisée de l’ensembledes travailleurs » : « Qu’on remarque bien que dans ce système, l’autorité dirigeante circule de bas en haut, et non pas du haut vers le bas ». Les critiques des uns provoqueront les réactions au moins aussi critiques des autres. Leon Feuchtwanger reproche par exemple à André Gide de ne pas avoir compris la situation dans laquelle se trouve l’Union soviétique. Plusieurs auteurs relèvent que la censure existe également à l’Ouest, que la justice y est partisane et que les maisons de détention y sont extrêmement inhumaines. Si les images proposées dans les années 30 sont moins justes que les descriptions fournies dans les années 20, cela est dû notamment aux contextes historiques, mais aussi aux tentatives croissantes de manipulation menées par Moscou pour réduire le fossé entre réalité et idéal. L’auteur constate chez les intellectuels français une tendance plus forte vers une pensée pluraliste et autocritique que chez les intellectuels allemands, plus marqués par un souci d’unité et d’harmonie, même si certains auteurs français semblent favoriser eux aussi une pensée totalitaire et certains témoins allemands une tendance au pluralisme. L’explication est fournie par les théoriciens des deux pays bien avant la Révolution d’Octobre : Rousseau et Hegel, Marx et Engels ainsi que la Commune de Paris. Dans les deux pays, les témoignages ont un rapport avec certaines images négatives de la civilisation en France et en Allemagne : la force et le dynamisme (supposées) de l’Union soviétique ont suscité une certaine fascination auprès des intellectuels de gauche, mais du côté français beaucoup avaient conscience de la valeur positive des idées révolutionnaires de 1789, synonymes de progrès historique et d’universalité. Cette comparaison francoallemande permet de mieux différencier le rapport des intellectuels avec le communisme dans les deux pays. Par ailleurs, « le manque de traditions républicaines positives et les déficits de pratique parlementaire pendant la République de Weimar, contrairement à la Troisième République en France, ont contribué en Allemagne à favoriser une certaine tendance à une pensée autoritaire », écrit l’auteur en conclusion de sa thèse.
François Talcy

Zeitzeugen
Eine Fahrt in die Sowjetunion war in den 1920er- und 1930er Jahren unter Linksintellektuellen en vogue. In ihrer Dissertationsarbeit über deutsch- und französischsprachige Reiseberichte aus der Zeit nach der Oktoberrevolution von 1917 vergleicht Autorin Eva Oberloskamp die Beobachtungen dieser Linksintellektuellen und geht der Frage nach, warum die meisten Zeitzeugen - trotz zahlreicher kritischer Beobachtungen und aus unterschiedlichen Gründen - für die Sowjetunion Partei ergriffen.
Red.

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