Jacques D'Hondt et le parcours de la raison hégélienne

Autor/Hrsg Auteur/Editeur: Li Vigni, Fiorinda
2005, L'Harmattan, ISBN10:

Dieses Buch wurde rezensiert in der Ausgabe: Documents 1/2006 
Ce livre a fait l'objet d'un compte rendu de lecture dans le numéro : Documents 1/2006 

Rezension / Compte rendu:
Hegel revu et corrigé

Friedrich Hegel, né à Stuttgart en 1770, décédé à Berlin en 1831, n'est pas en France le plus connu de tous les grands philosophes, il est l'homme pour lequel l'Etat est tout, l'individu rien, la morale une forme subordonnée de la vie, de l'esprit. Il est, selon les mots d'un universitaire français en 1950, « l'apologiste de l'Etat prussien ». Il convient donc de corriger cette image et de dresser un nouveau portrait. Jacques D'Hondt s'y attache depuis de longues années. Né a Tours en 1920, il a été Président de la Société française de Philosophie de 1982 à 1995, il est membre du Comité de Direction de la Hegel-Vereinigung et membre-correspondant de l'Académie des Sciences de Saxe à Leipzig. Il a fondé par ailleurs en 1970 à Poitiers le Centre de Recherche et de Documentation sur Hegel et Marx. L'intérêt du livre de Fiorinda Li Vigni, paru en 2001 en Italie et traduit en français aux éditions L'Harmattan, c'est de rétablir une image du philosophe allemand, libérée des préjugés. Et pour ce faire, l'auteur, chercheur à l'Institut italien des recherches philosophiques à Naples, analyse scrupuleusement les écrits de Jacques D'Hondt, qui s'est imposé en France (et bien au-delà) comme l'un des éminents interprètes de la pensée hégélienne. Ce livre est donc avant tout une réhabilitation, une véritable enquête policière autour de documents et de réflexions du philosophe français à la recherche de la véritable conception hégélienne de l'histoire. D'Hondt en effet réussit à démasquer Hegel, il met à mal le simulacre du philosophe idéaliste, détaché de son monde, il assume le contraste de son approche avec l'attitude plus répandue parmi les historiens de la philosophie. Auteur de nombreux ouvrages et d'articles sur Hegel, notamment une biographie, Jacques D'Hondt dresse également un portrait de la Prusse au travers de la vie du philosophe allemand. Il se montre par ailleurs sensible à certaines attitudes de Hegel pour avoir lui-même subi les mêmes expériences pendant l'Occupation. Mais c'est aussi un Hegel francophile que Fiorinda Li Vigni découvre à la lecture des études de Jacques D'Hondt. Le caractère progressiste de la philosophie de Hegel s'expliquerait en raison de ses liens avec la France. Une francophilie, a laquelle, regrette l'auteur, ne répond pas en France une réception favorable de sa pensée, précocement assimilée à des images idéologiquement opposées. Dans un entretien accordé à l'auteur, Jacques D'Hondt rappelle dans ce livre très dense combien Hegel aimait la France: « il déclarait que Paris était la capitale du monde civilisé, il a demandé á être enterré au cimetière des Français, il a fait inscrire ses enfants au Lycée Français de Berlin. Il y avait un parti pris chez lui, une décision de préférer la France. » Jacques D'Hondt, qui a dédié une partie considérable de son œuvre à l'étude des relations entre le philosophe allemand et la France, précise qu'à l'époque, la France, « légitime ou non », était comme une sorte de marqueur idéologique: « Opter pour la France, même la France de la Restauration, c'était quand même encore opter pour le pays où il y avait eu la Révolution et où il y avait eu Napoléon. » Pour Fiorinda Li Vigni, Hegel aura été victime d'un double préjugé, celui du conservateur et réactionnaire d'un côté, celui du révolutionnaire et athée de l'autre. C'est le mérite de D'Hondt que d'avoir au cours de sa vie « interrogé » Hegel pour proposer á ses étudiants et aux adeptes de la pensée hégélienne une nouvelle lecture du philosophe allemand.
Gérard Foussier

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