Un écrivain de la résistance allemande

Autor/Hrsg Auteur/Editeur: Willmann, Nadine; Weisenborn, Günther
2007, L’Harmattan, ISBN10: 2296027628

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Rezension / Compte rendu:
Un auteur marginalisé

Un refoulé de la mémoire allemande ? Günther Weisenborn (1902-1969) est tombé dans l’oubli dès les dernières années de sa vie et son œuvre n’a pas eu droit aux mêmes honneurs que nombre d’auteurs « de la résistance ». Là est tout le mérite de l’auteur. Nadine Willmann, professeur agrégé d’allemand à l’Institut d’études politiques de Strasbourg et à l’université libre de Berlin, retrace le parcours de cet écrivain engagé, qui a tenté de sensibiliser le public au sacrifice des opposants au national-socialisme, mais qui a été confronté aux réalités de la guerre froide pour ne pas avoir caché ses sympathies envers la RDA. Günther Weisenborn savait qu’il était la voix d’une minorité. L’ouvrage cite un extrait des « Clandestins », une pièce qui illustre l’apolitisme de la population pendant la guerre, extrait dans lequel l’auteur arrive à la conclusion, dans la démonstration d’une ironie mordante, qu’il ne connaît que sept compagnons de la « résistance intérieure » sur une population berlinoise de quatre millions d’habitants. Günther Weisenborn a écrit des pièces de théâtre, des pièces radiophoniques, des romans, des essais, des poèmes, des chansons. Certains de ses travaux ont été traduits en dix-huit langues, mais il est tombé dans l’oubli, même si une de ses pièces figure au programme du Théâtre Schauburg de la Jeunesse à Munich pour la saison 2006-2007. Proche de certains communistes pendant la République de Weimar, il a voulu jouer un rôle de médiateur entre l’Est et l’Ouest après la guerre, mais en porte-à-faux vis-à-vis de l’Allemagne fédérale. Il sera vite qualifié de « compagnon de route » favorable au bloc soviétique. Nadine Willmann ne se contente pas de brosser un portrait détaillé de l’auteur rhénan et de son œuvre, elle s’attache dans son étude à faire le lien entre le succès (en l’occurrence la marginalisation) et le contexte historique, politique et culturel. Il n’a que 26 ans, lorsque son premier drame antimilitariste est présenté en 1928 sur plusieurs scènes d’Allemagne, notamment à Berlin. Il choisit certes d’émigrer en Argentine en 1930 pour fuir l’establishment prospère et le chômage de masse, mais revient vite à Berlin, il côtoie Brecht et écrit dans la perspective révolutionnaire de lutter contre le capitalisme. L’année suivante, un de ses romans, « Les Barbares », a pour cadre l’occupation française de la Ruhr et les affrontements étudiants, d’où émerge un national-socialisme embryonnaire. Après l’arrivée d’Hitler au pouvoir, le roman sera brûlé en mai 1933 sur la place publique. Le dramaturge devient un combattant de la résistance, ce qui lui vaudra en 1942 d’être incarcéré. « Memorial », publié en 1948, restera le récit autobiographique de sa détention et du « monde extérieur » de la dictature nazie. Il fait de la résistance le noyau de sa contribution à la reconstruction de l’Allemagne. Ses pièces comptent parmi les œuvres de langue allemande les plus jouées jusqu’en 1948, représentées dans plus de 350 salles en Allemagne et à l’étranger. Mais d’aucuns, écrit Nadine Willmann, notent « l’inaptitude des critiques à aborder les œuvres d’anciens résistants sous l’angle de leurs qualités littéraires ». Günther Weisenborn se rend à Moscou sur invitation des écrivains soviétiques, il est le seul dans la délégation à vivre encore en Allemagne de l’Ouest. Lui préfère se retirer dans un village près du Lac de Constance, à l’écart de toute frénésie littéraire et politique. A l’Ouest donc, où il est néanmoins évincé des débats dominants de l’époque. Il condamne le réarmement de l’Allemagne fédérale, conteste la politique d’Adenauer, dénonce la « dictature des idées » après l’interdiction du parti communiste et se fait l’avocat, modéré, de la RDA communiste. Il connaît un regain de popularité … à l’Est. Comme le note l’auteur de cette étude en conclusion, il apparaît clairement lors de la révolution estudiantine de 1968 qu’on a fait de Günther Weisenborn « un survivant vénérable de la lutte antinazie, dont on reconnaît la légitimité, mais dont l’avis est finalement tenu pour négligeable ».
François Talcy

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