Geschichte eines Buches: Adolf Hitlers Mein Kampf, 1922-1945

Autor/Hrsg Auteur/Editeur: Plöckinger, Othmar
2011, Oldenburg, Munich 2011, ISBN10: 3486579568

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Rezension / Compte rendu:
Histoire(s) d'un livre

Die Entstehungsgeschichte einer Schrift, die zu einem Symbol der nationalsozialistischen Herrschaft wurde und deren französische Übersetzung eine Geschichte für sich ist.

Le livre d’Adolf Hitler, « Mein Kampf », est devenu plus que tout autre ouvrage, le symbole du national-socialisme et de la domination nazie. Si d’aucuns préfèrent parler aujourd’hui d’un « bestseller que personne n’a lu », Othmar Plöckinger corrige cette affirmation dans une étude sur l’histoire de ce livre publiée par l’Institut d’Histoire contemporaine de Munich. Et notamment sur sa traduction française. En 1930, malgré un échange de lettres entre Hitler et Gustave Hervé, éditeur du journal national français « La Victoire », peu d’hommes politiques en France connaissaient les véritables intentions d’Adolf Hitler. Les mises en garde formulées par des Français résidant en Allemagne ont d’abord été ignorées, puis écartées. Le consul général de France à Cologne se plaindra même de constater que le Quai d’Orsay n’ait pas daigné lire ses télégrammes diplomatiques sur l’influence grandissante du chancelier du Reich après son accession au pouvoir en 1933. Pourtant, quelques auteurs avaient tenté de présenter le nouvel homme fort de Berlin quelques mois plus tôt (« Hitler – l’homme qui vient », de Gabriel Roger ; ou encore « Que veut Hitler » ? de B. Combes de Patris). L’ambassadeur de France dans la capitale du Reich, André François-Poncet, relèvera en juin 1933 que si l’on ne peut encore parler de préparatifs de guerre, rien n’est plus éloigné dans l’esprit des nouveaux dirigeants allemands que de croire à dix années de paix avec la France. Il semblerait, note Othmar Plöckinger, que Berlin ait eu l’intention dès mars 1933 de réécrire « Mein Kampf » et de faire traduire en français cette version épurée pour calmer les esprits. Mais si le projet a été abandonné, la parution en France au mois d’octobre 1933 d’extraits non autorisés (Hitler par lui-même d’après son livre « Mein Kampf », par Charles Appuhn) provoquera la colère du régime nazi, sans aller jusqu’à un procès contre l’éditeur français pour violation des droits d’auteur, car un expert parviendra à la conclusion que la traduction est peu précise et contient des erreurs. L’éditeur allemand envisagera pour sa part de lancer une traduction, mais les « Editions Nouvelles Latines », à Paris, sortiront en février 1934, toujours sans autorisation, une traduction complète de « Mein Kampf » sous le titre « Mon combat ». Hitler, hostile à toute traduction, essaiera de calmer le jeu en demandant à son ambassadeur en France de protester auprès des Affaires étrangères, puis à la maison d’édition allemande (Eher-Verlag) de porter plainte auprès du Tribunal de Commerce de Paris pour violation des droits d’auteur. Ordre fut certes donné de détruire les ouvrages non vendus, mais la presse française commença alors à s’intéresser de près au contenu. A l’été 1934, de larges extraits seront de nouveau publiés, sous le titre « Mein Kampf – la doctrine hitlérienne ». Dès le mois de novembre 1933, Hitler avait accordé une interview au Matin, dans laquelle il avait pris ses distances par rapport à son propre ouvrage, écrit en 1924, avait-il dit, « avec la colère d’un apôtre pourchassé », alors que la France occupait la Ruhr et que lui-même était en prison après son putsch manqué de 1923 à Munich. André François-Poncet demanda au Führer de réécrire alors les passages sur la France, ce qu’Adolf Hitler accepta –mais ne fit jamais. En Allemagne, le régime continuait à distribuer la version originale de « Mein Kampf » et à affirmer à l’adresse de la France que le texte distribué n’était plus d’actualité. Malgré les efforts de certains milieux nationalistes français pour défendre la politique hitlérienne, d’aucuns poursuivront leur travail d’information sur le vrai caractère de l’ouvrage en le publiant en Suisse en 1935, ce qui incitera Hitler à accorder en février 1936 une nouvelle interview à un quotidien français, « Paris-Midi », pour se justifier une nouvelle fois et refuser une version revue et corrigée de ses écrits. Une sélection des discours du Führer paraîtra en 1936 sous le titre « Principes d’action », confortant les adversaires du régime nazi dans leur scepticisme. Finalement, en août 1938, Berlin donne son accord pour une version française autorisée par Hitler et la maison d’édition Eher-Verlag, expurgée des citations hostiles à la France, mais comportant, malgré quel ques coupures, les réflexions antisémites de l’auteur. L’opinion publique ne se contenta pas de cette mesure : quelques semaines plus tard paraissait en effet Adolf Hitler. « Mein Kampf », ce qui ne figure pas dans les éditions françaises publiées parles amis du Führer – une brochure publiée par le Comité de défense républicaine et française. Bien qu’en septembre 1939 l’Allemagne fasse courir le bruit que « Mein Kampf » n’était plus en vente, afin de pouvoir en réviser le contenu à la demande de la France, les milieux politiques et intellectuels français ont préféré rester vigilants. Roger Morvilliers publiera la même année son « Face à Hitler et à Mein Kampf » pour démontrer que toutes les déclarations tenues par Hitler depuis son arrivée au pouvoir n’étaient que pure propagande. Othmar Plöckinger consacre plus de 600 pages à l’origine de ce livre qui devait s’intituler initialement « Quatre ans et demi de combat contre le mensonge, la bêtise et la lâcheté – un règlement de comptes ». Jusqu’à ce que l’éditeur parvienne en mai 1925 à s’imposer avec un titre plus court. La version définitive de « Mein Kampf » date de 1926. 5 507 exemplaires seulement ont pu être vendus en 1927, 3 015 l’année suivante, pour atteindre 90 000 en 1932. On estime à 241 000 le nombre d’ouvrages vendus jusqu’à l’accès au pouvoir fin janvier 1933 et à plus d’un million les exemplaires vendus cette même année. Au cours des années de guerre 1939-1944, plus de 8 millions de livres ont été édités, soit environ 65 % du tirage total (estimé à 12,4 millions), dont près de 5 millions entre 1942 et l’automne 1944. Dans son étude réalisée au cours de recherches dans quelque 1 850 bibliothèques et archives, Othmar Plöckinger parle aussi de la réception de « Mein Kampf » dans la littérature allemande, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, en Union soviétique et en Autriche.
Gérard Foussier

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Geschichte eines Buches: Adolf Hitlers Mein Kampf, 1922-1945