2005, Ed. Connaissances et Savoir, ISBN10: 2753900167
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Rezension / Compte rendu:
Cinéma et télévision
L'Europe est une histoire de binômes, écrit Vicky Postler, qui se concentre sur trois pays, la France, l'Allemagne et l'Italie, et sur un sujet culturel bien précis, celui du cinéma et de l'audiovisuel. Alors qu'il est coutume d'analyser les rapports franco-allemands sous toutes les coutures, l'ouvrage associe l'Italie, ce qui n'est que justice, même si la baisse des échanges cinématographiques franco-italiens, due en grande partie à la crise qui frappe le cinéma italien dans les années 70, a mis en évidence la relance, dont bénéficient dans les années 80 les échanges franco-allemands dans le cinéma, soutenus par un secteur de l'audiovisuel en plein essor. Deux dates marquent d'ailleurs ce changement : c'est 1985, avec l'échec de la société de cinéma Gaumont en Italie et c'est 1992, avec la fondation de la chaîne de télévision Arte.
Deux dates, réunies en un titre d'ouvrage, « De Gaumont Italia à Arte », pour mieux résumer l'évolution des rapports cinématographiques entre les trois principaux pays fondateurs de la Communauté Européenne. Le cinéma allemand d'avant la Première Guerre Mondiale s'appuyait sur des entrepreneurs-artistes audacieux, sur un réseau de salles fixes, mais aussi sur des studios et des laboratoires comme Agfa. La création de la société de production, de distribution et d'exploitation UFA (Universum-Flm AG) en 1917 avait annoncé un déploiement d'activités, où participaient la grande finance, l'armée et le gouvernement – tous convaincus que le cinéma pouvait permettre de surmonter la défaite de 1918 et le sentiment d'humiliation ressenti en Allemagne après la signature du Traité de Versailles. Berlin est devenu dès 1918 la capitale du cinéma européen, avec 312 salles et quelque 500 films produits par an, sans compter une expansion de l'UFA dans toute l'Europe et aux Etats-Unis. A la fin des années 20, les films allemands distribués représentaient 30% du marché français contre 11 % pour les films français en Allemagne. Après la Seconde Guerre Mondiale cependant, peu de films allemands sont présentés en France, où la prédominance américaine est de plus en plus criante. Le cinéma allemand connaît son heure de gloire en France dans les années 70 et au début des années 80. Et l'Italie ? Alors que dans les années 70, le cinéma italien occupait la seconde place, derrière le cinéma américain, sur le marché français, il draine aujourd'hui moins de 1% de la fréquentation nationale. Le symbole de cette évolution aura été l'échec de l'implantation de Gaumont Italia en Italie. Pourtant, la France et l'Italie avaient constitué, dès les prémices du cinématographe, un couple dynamique et solidaire.
Le cinéma allemand quant à lui connaît un âge d'or vers 1975, puis une forte crise à partir de 1982. Les productions allemandes sont alors essentiellement marquées par des films à consommation interne et les cinéastes se tournent vers la télévision. A son tour, le cinéma allemand, accusé d'être trop déprimant, est mis à l'écart en France. Quant au cinéma français, il bénéficie certes d'une distribution plus ou moins stable en Allemagne, mais qui laisse entrevoir une fragilité certaine. C'est au tout début des années 90, et tout spécialement après la chute du Mur de Berlin et la réunification allemande, que les deux pays relancent leurs échanges cinématographiques. Des fonds d'aide régionaux aux coproductions internationales s'ouvrent, Vivendi Universal rachète en 1992 les studios de Babelsberg à Potsdam, une Académie franco-allemande du cinéma est créée, enfin l'Association Relative à la Télévision Européenne, Arte, voit le jour. L'Europe culturelle se forme désormais sur le binôme franco-allemand. Vicky Postler propose dans son ouvrage une analyse pluridisciplinaire, qui ne se limite pas à l'audiovisuel. Mais sa conclusion résume le dilemme culturel que vit la France depuis bientôt trois décennies : « l'union libre et passionnelle face au mariage de raison ». Et ce n'est pas du cinéma…
François Talcy



