2006, Ed. Sens public, ISBN10: 2841901610
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Rezension / Compte rendu:
Violences et victimes
Pour parler de l’Europe après le non des Français et des Néerlandais en 2005 (et avant les élections présidentielles et législatives de 2007), Gérard Wormser, maître de conférence à Sciences-Po, propose des sujets qui dépassent de loin les seuls calendriers électoraux. Son objectif est en effet de regarder dans le passé ce qui unit la culture européenne, dont la capacité de résistance à ses démons doit être célébrée, dit l’auteur, à proportion de la violence larvée qui trouve trop souvent à s’exprimer. Gérard Wormser cite en introduction de son ouvrage collectif Timothy Garton Ash, qui compare l’Europe actuelle « à l’esprit florentin en considérant que le choix de l’intégration par consensus condamne le continent qui aura inventé la modernité à en devenir le musée, à l’enseigne du destin de Florence ». Constatant que « l’Europe dérive à proportion de ce qu’elle rechigne à ouvrir le débat sur sa pluralité intrinsèque, dont la richesse ne se découvre que dans le partage de la parole », le fondateur des Editions Sens public ouvre ses pages à plusieurs auteurs soucieux de revenir aux dimensions historiques du siècle passé. Tous confirment que l’Europe qui se regarde en face est le futur de nos mémoires croisées. Plusieurs portraits sont proposés, tels celui de Jean Norton Cru, « penseur de la guerre », dont la jeunesse a été profondément marquée par l’affaire Dreyfus et la Grande Guerre. Ou encore celui de Carl Schmitt, figure dominante de la critique du normativisme. Entre « les violences d’un continent » et « les victimes d’un continent », c’est un portrait douloureux de l’Europe que proposent les auteurs. Deux exemples illustrent la difficulté d’assumer son origine pour construire son histoire : Etienne Besnault revient sur les commémorations de 2005 du bombardement de Dresde, au cours desquelles la Prusse orientale aura été l’invitée inattendue de l’extrême-droite. Et les psychiatres et psychanalystes Daniel et Hélène Oppenheim font parler des petits-enfants de juifs venus de Pologne en France ou en Israël : leurs grands-parents ont tous connu la peur, l’obligation de se cacher ou de fuir, les ghettos, les camps de concentration ou d’internement, tous ont perdu des proches et des amis. La troisième génération s’exprime sur ce miroir brisé.
Jérôme Pascal



