2012, Nouveau monde éditions, Paris, ISBN10: 2365833519
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Rezension / Compte rendu:
Dix visions ou divisions ?
Le franco-allemand et l’Europe en librairie
Le 50e anniversaire de la signature du Traité de l’Elysée a motivé de nombreux auteurs à publier des ouvrages sur la relation franco-allemande. On constatera que le nombre de publications en France est largement supérieur à celui des livres publiés sur le même sujet en Allemagne.
Visionen oder Divisionen?
Der 50. Jahrestag der Unterzeichnung des Elysée-Vertrages am 22. Januar 2013 hat eine Fülle von Veröffentlichungen über die deutsch-französischen Beziehungen mit sich gebracht; nicht nur Verlage, sondern auch deutsch-französische Gesellschaften, Universitäten, Forschungsinstitute, Zeitschriften u. v. a. m. haben sich das Jubiläum nicht entgehen lassen – in Frankreich allerdings deutlich mehr als in Deutschland. Dokumente/Documents stellt eine Auswahl vor.
Red.
Cet intérêt français pour le dialogue entre les deux pays tient en partie au fait au débat suscité lors de la campagne pour les élections présidentielles de 2012, au cours de laquelle l’Allemagne a maintes fois été présentée comme un modèle (ou son contraire). Le couple franco-allemand s’inscrit donc aussi et surtout dans l’analyse que font les Français sur leur voisin d’outre-Rhin. Vouloir citer tous les ouvrages parus dans ce contexte tient de la gageure, tant il est vrai que nombreuses sont les institutions qui ont tenu à ne pas manquer le rendezvous de ces Noces d’Or : sociétés franco-allemandes, universités, instituts de recherche, mais aussi bien sûr de nombreuses revues.
Pour une coopération pragmatique
Reiner Marcowitz, Hélène Miard-Delacroix (éd.), 50 ans de relations franco-allemandes. Nouveau monde éditions, Paris, 2012, 234 pages.
La Fondation Charles de Gaulle propose un bilan « sans tabous » de ces relations et reprend, sous la plume de nombreux experts de la question, la liste des réussites, mais aussi des faiblesses de cette amitié scellée en 1963 par le Traité de l’Elysée.
Des relations entre la France et l’Allemagne on a souvent tendance à croire que tout a été dit, écrit dans sa préface le ministre français des Affaires européennes. Au-delà de la série d’images obligées du « couple », au « moteur européen » en passant par les images des chanceliers et de leurs homologues présidents, la doxa médiatique vise aujourd’hui à diviser les deux grands partenaires historiques. « Il devenait urgent de déconstruire ce scepticisme naissant », estime Bernard Cazeneuve dans la préface de l’ouvrage. La Fondation Charles de Gaulle a relevé magistralement ce défi avec ce recueil d’articles, éloigné de toute rhétorique politicienne, de tout angélisme béat, comme de tout cynisme. Alfred Grosser, un des derniers vétérans des relations franco-allemandes, ouvre cette série d’articles en se demandant si le Traité franco-allemand n’est pas un mythe fondateur. Pour lui, le général a su magnifier une relation franco-allemande, dont il avait antérieurement combattu les aspects les plus novateurs. Les différents auteurs reviennent parfois sur cet aspect moins connu en faisant référence notamment à l’Accord culturel franco-allemand du 23 octobre 1954, premier accord culturel conclu par la RFA avec un pays étranger dans le cadre des accords de Paris. La coopération culturelle franco-allemande n’a donc pas commencé avec le Traité de l’Elysée.
Les différentes contributions balayent l’ensemble du spectre des relations franco-allemandes en se livrant d’abord à une exégèse historique de leurs différentes étapes : Refus de l’option française (1963-1966), aucune coopération préférentielle (1966-1969), entente élémentaire (1969-1974), mariage de raison par inclination (1974-1982), le couple franco-allemand (1982-1989), le noyau de l’Union européenne (1990-1998), la politique dictée par des intérêts commis (1998-2007), la Merkozy (2007-2012).
René Lasserre, qui dirige d puis sa création en 1982 le Centre d’information et de Recherche sur l’Allemagne contemporaine (CIRAC), se livre à une analyse serrée des relations économiques, marquées par une intempérance asymétrique. Même si sa part relative sur le marché allemand a baissé, la France a effectué en 2011 16,5 % de ses exportations et 16,9 % de ses importations avec l’Allemagne fédérale, tandis que celle-ci y achète 7,4 % de ses biens et services et y écoule 9,6 % de ses exportations (contre 11 % et 12 % en 1995). A son tour, René Lasserre met en exergue les déséquilibres sectoriels persistants.
La coopération culturelle et linguistique donne lieu à un constat assez identique. Malgré la diversité d’instruments existants (OFAJ, Université franco-allemande, cursus communs, équivalence des diplômes ainsi qu’une coopération scientifique multiforme, ce vaste réseau de relations et de contacts personnels n’a pas été en mesure encore de transformer « profondément les relations entre les deux peuples ». Frank Baasner, directeur de l’Institut franco-allemand (dfi) de Ludwigsburg analyse en final les rapprochements, les ressemblances et les différences entre les deux pays afin de tenter de répondre à la question de savoir s’il existe une société franco-allemande. Même si les structures sociales des deux pays se sont beaucoup rapprochées, plus du fait peut-être d’une « européanisation », certains traits spécifiques demeurent (préférence industrielle allemande, taux de natalité français, place et rôle de la femme, rejet du nucléaire allemand...). Le franco-allemand qui d’adjectif est devenu un substantif (du moins en français) a suscité en définitive un tissu composé d’acteurs différents, où les experts, les professionnels, côtoient les volontaires ou les occasionnels, ceux qui font vivre au quotidien les 2 400 jumelages et autres liens multiples sportifs, culturels, associatifs... « Nous ne nous dirigeons pas vers une société franco-allemande », conclut Frank Baasner. Mieux vaut s’enrichir de ses différences et se rapprocher au moyen d’une coopération pragmatique.
La conclusion générale que les divers auteurs tirent de ce bilan, n’étonnera personne, encore parait-elle bonne à dire. Malgré tous les malentendus, les crises et les rivalités au cours des cinquante dernières années, le volontarisme de de Gaulle et l’optimisme d’Adenauer se sont révélés justes. Mais aujourd’hui les défis à relever sont tout aussi importants. Nos deux pays veulent-ils vraiment contribuer à faire progresser l’Europe, leur maison commune ? Jacques Godfrain, ancien ministre, fait preuve résolument d’optimisme en concluant que « sur un plan plus quotidien, Français et Allemands sont désormais convaincus de l’indissolubilité des liens qui les unissent ».
Eugène Berg



