Portrait-robot. Mon père. Ma mère.

Autor/Hrsg Auteur/Editeur: Meckel, Christoph
2011, Quidam, Meudon 2011, ISBN10: 2915018553

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Rezension / Compte rendu:
Deux en un

Ein Doppelbuch mit zwei kritischen Porträts des Schriftstellers Eberhard Meckel und dessen Frau - vom enttäuschten Sohn.

Rien n’est banal dans ce livre qui propose en fait deux ouvrages en un. Pris dans un sens, il invite à découvrir le père de l’auteur, Eberhard Meckel, écrivain apolitique (1907-1969), dont le fils dénonce la lâche complicité avec l’idéologie nazie ; pris dans l’autre sens, il livre au lecteur la personnalité de sa mère, protestante et prussienne, dont le fils regrette le manque de tendresse. Un diptyque donc (du moins dans sa traduction française, car les textes d’origine ont été écrits et publiés en allemand à vingt ans d’intervalle) qui par le biais de portraits très personnels sans complaisance dépeint une page d’histoire de l’Allemagne, vécue et subie par l’auteur. Une véritable autopsie. Le malaise familial devient malaise politique sous la plume de Christophe Meckel, né à Berlin en 1935. Plusieurs de ses ouvrages ont été traduits en français. Le verdict du fils est sévère envers ses parents. Sur le père : « Peu de choses chez lui allaient de soi. Il lui manquait la faculté d’improvisation, il lui manquait le désintéressement et la nonchalance. Sa confiance en lui, perturbée depuis l’enfance, s’était effondrée après la guerre er était restaurée par la force – un processus renouvelé chaque jour – aux dépens de sa famille. » Sur la mère : « Pour moi, ma mère resta toujours la même et guerre et paix ne changèrent rien en elle. Elle était un peu absente, impatiente et irritable, n’écoutait que d’une oreille les questions ou les histoires. » Christoph Meckel, le fils qui écrivait chaque jour des lettres à sa mère, lorsque le père était en Pologne au début de la guerre, ne lui pardonne pas d’avoir ignoré tous ses messages (« Elle n’emportait pas les lettres dans sa chambre. Elles gisaient des jours entiers partout dans la maison. ») En fait, cette double biographie familiale traduit la longue et difficile quête de l’auteur, miné par des interrogations sans réponses. Plus il écrit sur son père, plus l’image qu’il a de lui s’assombrit pour ressembler à ces funestes portraits-robots (Suchbilder) des commissariats de police. Meckel fils recherche Meckel père. Eberhard, ancien officier pour qui les notions d’honneur et de discipline passaient avant tout autre sentiment devient au fil des pages un Monsieur Tout-le-monde, que la rigueur des idées et des comportements, la brutalité des jugements et la passivité face aux exactions placent aux côtés des abominables nazis, sans pour autant en faire un monstre. Le récit sur sa mère, publié seulement après sa mort, est plus court. Il a été écrit (en France) alors qu’elle avait lu l’ouvrage de son fils sur son époux (« Le livre sur mon père l’avait tellement embarrassée qu’elle avait déclaré que c’était de la pure littérature, une invention dénuée de fondements »). Dès le début du récit, Christoph Meckel a cette phrase sans appel : « Je n’ai pas aimé ma mère. » Pour la « Süddeutsche Zeitung », ce second portrait, édité séparément donc dans sa version d’origine, constitue « un livre impitoyable ». Dans sa présentation, l’éditeur français parle de « séisme mental », auquel le peuple allemand a dû faire face. Le lecteur qui s’accrocherait aux seules péripéties familiales, ressent la difficulté d’un rapport générationnel que l’Histoire, ou tout simplement l’air du temps, a mis à mal. Mais en découvrant l’arrière-plan omniprésent de cette vie de famille, c’est tout un travail de mémoire, un de plus, qui surgit de cette lourde fresque de souvenirs personnels. Avec pour constat d’échec l’impossibilité pour le fils déçu de faire machine arrière ou de réécrire l’Histoire. La conclusion est quasiment proverbiale : on ne choisit pas ses parents.
Gérard Foussier

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Portrait-robot. Mon père. Ma mère.