Endspiele

Geschichte und Erinnerung bei Dieter Forte, Walter Kempowski und W. G. Sebald

Autor/Hrsg Auteur/Editeur: Ritte, Jürgen
2009, Matthes & Seitz, ISBN10: 3882216638

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Rezension / Compte rendu:
Souvenirs et mémoire en littérature

Comment se traduisent la mémoire et le souvenir dans la littérature ? Qui dit souvenir, dit aussi oubli. Qui dit Histoire (avec un grand H), dit aussi histoires que l'on raconte avec autant d'interprétations individuelles que de narrateurs, aussi sincères soient-ils.
Jürgen Ritte, directeur de l'Institut de germanistique à l'Université de la Sorbonne Nouvelle, prend comme exemples trois auteurs allemands : Dieter Forte (né en 1935), Walter Kempowski (1929-2007) et W.G. Sebald (1944-2001) pour montrer et démontrer la difficulté du souvenir et du travail de mémoire entre les générations. Au centre de son ouvrage se trouvent l'histoire de l'Allemagne du 20e siècle, les différents souvenirs de chacun des trois auteurs et surtout leur façon personnelle de raconter.
Le souvenir vécu des témoins (de moins en moins nombreux) est remplacé petit à petit par une mémoire culturelle qui associe l'expérience individuelle et collective, objet de recherches et d'analyses scientifiques. A plusieurs reprises, depuis la querelle des historiens de 1986, intellectuels, hommes politiques et chercheurs se sont livré à de nombreuses polémiques littéraires à la suite de diverses publications. Pour ne citer que les plus célèbres dans l'opinion publique : Daniel Goldhagen et son roman de 1996 « Les bourreaux volontaires de Hitler » sur les tortionnaires nazis, Martin Walser et son discours de Francfort/Main lors de la remise du Prix de la paix des libraires allemands en 1998, Günter Grass et son propre passé révélé en 2006 dans son roman autobiographique « Pelures d'oignons »). Aucun des trois auteurs choisis par Jürgen Ritte n'a participé publiquement aux débats et aux polémiques de ces dernières années sur le sombre passé de l'Allemagne.
Ecrit pour des lecteurs allemands, l'ouvrage a pour première intention de confronter enfants et petits-enfants des témoins du 3e Reich à un travail de mémoire qui ne saurait être l'apanage des seuls chercheurs ou des historiens. Le titre (« Endspiele ») ne traduit pas seulement ces « finales » que les championnats sportifs mettent régulièrement en vedette, il est aussi une allusion au titre de la pièce de théâtre de Samuel Beckett (1906-1989), « Endspiel », publiée en 1957. Pour Jürgen Ritte, cette finale qu'il met au pluriel constitue à la fois la fin d'une époque (celle des survivants, aussi bien du côté des victimes que dans les rangs des coupables exécutants) et l'amorce d'une expérience nouvelle (celle des descendants).
Pour d'éventuels lecteurs français (essentiellement des germanistes qui doivent impérativement maîtriser la langue allemande), le livre permet de mieux comprendre trois auteurs peu connus, car peu traduits, en France, qui, chacun à sa manière, « racontent » l'histoire de la première moitié du 20e siècle. Tous les trois ont en commun d'avoir passé une partie de leur vie hors du centre d'intérêt public allemand : W. G. Sebald a vécu depuis l'âge de 22 ans brièvement en Suisse, mais surtout en Angleterre, où il est décédé ; Dieter Forte s'est installé à Bâle en 1970 ; quant à Walter Kempowski, il n'a gagné un petit village isolé de Basse-Saxe qu'en 1956 après avoir passé huit années dans la prison de Bautzen en RDA. Tous les trois ont cependant publié des œuvres de mémoire : Walter Kempowski avec sa « Deutsche Chronik » (« Chronique allemande ») et son journal Echolot (7000 pages sur dix volumes), une analyse monumentale des années de guerre vécues par l'auteur ; Dieter Forte avec une tétralogie, « Auf der anderen Seite der Welt » (« De l'autre côté du monde »), un roman de 1200 pages sur les années 50 publié en 2004, véritable archéologie de la destruction depuis le Moyen Âge ; et W. G. Sebald avec plusieurs œuvres écrites dans une perspective d'histoire naturelle. Et tous les trois ont attendu plusieurs décennies avant d'écrire sur le passé de l'Allemagne.
Tout cela pour rien (« Alles umsonst ») : le titre du dernier roman de Walter Kempowski, paru en 2006, alors que son auteur était déjà marqué par la maladie, décrit l'agonie des Allemands quittant la Prusse Orientale et traduit un certain défaitisme (« Vergeblichkeit » veut dire inutilité et exprime ce qui est vain) que l'on retrouve dans les motifs de la répétition, du recommencement perpétuel et de la destruction permanente. Une multitude de détails, anodins pour les uns, essentiels pour les autres, ne font pas du romancier un historien. C'est l'écrivain autrichien Robert Musil (1880-1942) qui disait : « Voilà à quoi ressemble l'histoire du monde vue de près : on ne voit rien. » Dieter Forte, souvent comparé à Albert Camus et son « Mythe de Sisyphe », est de la même veine. Son roman « Auf der anderen Seite der Welt » a fait dire à un critique littéraire que « Forte croit fermement aux histoires dans l'Histoire ». Quant à W. G. Sebald et son compte rendu de voyage « Die Ringe des Saturns » (« Les anneaux de Saturne »), sa conception de la répétition perpétuelle est moins explicite, mais présente - omniprésente même - dans ses « Wallfahrten » (« Pèlerinages ») annoncés en sous-titre de son roman pour la visite de villages en ruines, témoignages visuels de la destruction.
Les trois auteurs analysés scrupuleusement par Jürgen Ritte font tous une tentative de restitution dans leurs œuvres, mais chacune de ces tentatives est vouée à l'échec. En conclusion, l'auteur de cette remarquable analyse relève le pessimisme, cette « philosophie sombre de l'Histoire » qui refuse « les lendemains qui chantent » pour tourner autour d'une sorte de trou noir, qui un jour annulera tout - si ce n'est déjà fait. Finale.
Gérard Foussier

Narrative Identität
Drei Methoden der literarischen Ästhetik des Erinnerns liefert Jürgen Ritte, Direktor des germanistischen Instituts an der Pariser Universität "Nouvelle Sorbonne", am Beispiel von drei deutschen Schriftstellern: Walter Kempowski (Geschichtsinszenierung), Dieter Forte (Geschichtserzählung) und W. G. Sebald (Geschichtsbefragung).
Die Debatte um die "narrative Identität" der Deutschen als Täter- (und neuerdings wieder Opfervolk) ist, so Ritte in seiner umfangreichen Studie über Moral des Erinnerns an die deutsche Geschichte des 20. Jahrhunderts, noch lange nicht abgeschlossen. Außerdem gebe es kein artikuliertes Erinnern, das die Vergangenheit in ihrer "authentischen Urform" wiederherstellen könnte. "Endspiele", als Anspielung auf Samuel Becketts Theaterstück "Endspiel" (1957), analysiert die unterschiedlichen Formen und Wandlungen des kulturellen Gedächtnisses, seitdem die letzten Zeitzeugen "jenes zentralen Zivilisationsbruchs, der sich in dem Namen Ausschwitz auf seine dunkle Chiffre kondensiert", aussterben, "sowohl auf der Seite der überlebenden Opfer als auch Seiten der Täter und Mitläufer".
Bei den drei ausgewählten Autoren, die "sich an den Polemiken und Debatten um den deutschen Vergangenheitsdiskurs niemals öffentlich beteiligt" haben, ist Geschichte permanente Zerstörung. Versuche der Restitution sind bei aller Anstrengung vergeblich - was für eine "schwarze Geschichtsphilosophie" spricht, die zu Endspielen führt.Gegenstand dieser Untersuchung, so Jürgen Ritte in seinem Schlusssatz, "war die Ästhetik solcher Endspiele".
Red.

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