Deutsche Anmerkungen zur französischen Frage
2006, Ed. Suhrkamp, ISBN10: 3518121006
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Rezension / Compte rendu:
Une déclaration d'amour pamphlétaire
L'auteur le précise en titre de sa préface : il s'agit bel et bien d'un « livre allemand sur la France ». Mais le lecteur comprend bien vite qu'il s'agit aussi du constat polémique d'un Allemand francophile sur l'état de l'Europe. Une Europe sans la France ? Markus Kerber connaît bien cette France, où il a fréquenté l'ENA et participé activement à divers projets de coopération économique et industrielle (et où il a d'ailleurs écrit son livre). C'est pourquoi il se permet de mettre un bémol à l'étroite coopération franco-allemande et demande que Berlin mène désormais une politique européenne plus fortement axée sur la coopération avec d'autres Etats, afin de conduire la France à répondre par non à la question posée en titre de l'ouvrage.
Markus Kerber va droit au but et cite les exemples qui font mal, ceux qui démontrent que la France pense d'abord à ses intérêts nationaux, même (et surtout) lorsqu'elle coopère avec ses partenaires européens : Arte, Airbus, Esa – l'exception culturelle française fait son chemin. Et l'auteur, loin de vouloir condamner 56 millions de Français, s'en prend aux quelque 10 000 représentants de cette oligarchie parisienne qui détient le pouvoir depuis quarante ans. Pour lui, la France c'est avant tout le pouvoir parisien.
S'agit-il d'un pamphlet ou d'une déclaration d'amour camouflée ? L'auteur critique pour mieux construire, il reproche pour mieux convaincre, il dénonce pour mieux corriger des comportements nationaux. « La France n'a pas d'amis, elle a des intérêts » – Markus Kerber trouve confirmation de cette citation du général de Gaulle dans un réseau de liaisons institutionnelles franco-allemandes qui contraste singulièrement avec « la pauvreté des relations intellectuelles » entre les deux pays. Pour lui, « le mythe de l'amitié franco-allemande est une erreur sémantique et politique ». Et d'ajouter que depuis la chute du Mur de Berlin, cette amitié est « un rideau de fumée linguistique jeté sur une rivalité entre les deux grandes puissances continentales de l'Europe ». Dont acte. Et il persiste : « l'Europe ne peut être le résultat de cette concurrence que si l'Allemagne est prête à devenir l'antithèse de la France ». Le lecteur sait à quoi s'en tenir, le reste du livre est de la même veine. « Ecrire, c'est se soulager », dit-il (en français dans le texte) pour mieux se justifier. C'est en relevant le défi que constitue la France à ses yeux qu'il peut mieux définir sa propre identité allemande. Markus Kerber contredit André Glucksmann qui avait affirmé dans un livre publié en 1989 que « Descartes c'est la France ». A son avis, la France serait plutôt « molièresque », autrement dit le prolongement politique des comédies de Molière.
Le style décape, mais pour que les provocations chatouillent la fierté d'éventuels lecteurs français, il faudrait qu'elles soient publiées dans leur langue, sinon elles restent confinées dans un débat opposant des Allemands prêts à critiquer la France à tout bout de champ et des Allemands plus francophiles prêts à pardonner les supposées erreurs de comportement du pouvoir parisien. Mais l'intention de l'auteur est aussi de mettre en garde ses propres compatriotes, qui croient que les intellectuels allemands (« ils n'existent pas actuellement »), ou ceux qui se disent l'être, agissent en fonction des standards parisiens, alors que « le ton est donné plus par Karl Lagerfeld que par Malraux et Aron ». En fait, Markus Kerber reproche à l'Allemagne de mettre tous ses œufs dans le même panier en ne misant que sur l'amitié franco-allemande. Les phrases martelées à plusieurs reprises tout au long du livre sont sans appel : Si l'Allemagne veut construire l'Europe, elle doit cesser de jurer fidélité éternelle à la France. L'auteur s'empresse néanmoins de démontrer que les réserves émises envers cette France politique ne modifient en rien l'admiration témoignée envers le pays et ses habitants, attitude que Heinrich Heine résumait par cette acclamation : « Vive la France! – quand même ».
Gérard Foussier



