2016, Bibliothèque allemande, Editions de la Fondation des Sciences de l’Homme, Paris, ISBN10: 2735122743
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Rezension / Compte rendu:
Comparaison n'est pas raison
Où en est la démocratie? La question a largement marqué la campagne électorale en France et des comparaisons, souvent hâtives, ont été faites avec le passé pour envisager le pire. Fournir une nouvelle traduction en français de l'analyste allemand Carl Schmitt (1888-1985) permet de revenir sur l'échec de la République de Weimar avant l'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir à Berlin. L'exercice est louable, mais périlleux, car si personne ne conteste la perspicacité de l'auteur, nombreux sont ceux, y compris les éditeurs de ce petit traité intitulé Légalité et légitimité, qui ne manquent pas d'en rappeler le passé sulfureux et controversé. Carl Schmitt avait en effet adhéré en 1933 au nazisme. Arrêté en 1945 par les Alliés, il avait été libéré deux ans plus tard. Il n’en reste pas moins vrai que dans son analyse publiée en 1932, il avait jeté un regard incisif sur la crise de la première démocratie allemande et avait évalué les chances de sauver la République de Weimar face aux extrémistes de droite et de gauche. Cependant, comparaison n'est pas raison, même si les questions posées alors par l’auteur restent d'une étonnante actualité : la démocratie est-elle sans défense ? Les mesures d'exception et de sécurité (cf. l'état d'urgence en France) sont-elles justifiables au nom du salut public ? Peut-on préserver l'esprit d'une constitution et en nier la lettre ? La première traduction de l'ouvrage, en 1936, avait été réalisée par un juriste français séduit par le nazisme. Une longue présentation du nouveau texte précise qu’« en s'obstinant à tout réduire à la question du nazisme, on ne pèche pas seulement à l'aune du strict sens historique, mais on se prive en outre des ressources critiques que seul celui-ci peut nous offrir ». Donc, sans pour autant minimiser l'engagement politique de Schmitt, le texte de 1932 (la date est importante) révèle une rhétorique maîtrisée au service d'une nouvelle typologie des formes d'Etat, reposant sur une logique propre, un système cohérent de notions, de postulats et de fictions qui en assurent la vitalité. Carl Schmitt oppose la légalité de l'Etat législatif « fermé sur luimême » (celui de Weimar) aux autres systèmes qui reposent sur une légitimité extralégale. Rapide rappel : le système s'était refermé sur lui-même au cours de l'été 1930, lorsque le président Hindenburg avait dissout le Reichstag qui avait rejeté auparavant des décrets sur des questions budgétaires. En septembre, le parti national-socialiste était passé de 12 à 107 députés, les partis centristes s'étaient effondrés et les grandes formations politiques avaient préféré une politique de tolérance à de nouvelles élections. C'est ainsi que les pouvoirs d'exception et les ordonnances présidentielles ont absorbé de plus en plus de compétences législatives (finances, justice, fonction publique, commerce) – un régime de plus en plus autoritaire accueilli avec enthousiasme par Carl Schmitt qui défendra cette « manière particulière de sauvegarder et de défendre la Constitution ». Des extraits de cette analyse avaient été publiés dans la Tägliche Rundschau sous le titre « L'abus de la légalité » pour lancer un avertissement : « Celui qui cotribuera à donner une majorité aux nationaux-socialistes leur livrera totalement l’Allemagne ». A méditer...
Gérard Foussier
Angriff auf die parlamentarische Demokratie
Der Jurist Carl Schmitt (1888–1985), NSDAP Mitglied ab 1933, kritisiert 1932 in seiner Schrift "Legalität und Legitimität" die Verfassung der Weimarer Republik. Sie wurde 2016 angesichts aktueller demokratiefeindlicher Tendenzen in Europa neu ins Französische übersetzt und regt zum Nachdenken an, so der Rezensent.
Red.



