2011, Gualino, Paris 2011, ISBN10: 2297023456
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Rezension / Compte rendu:
Pour une Europe fédérale
L’Europe est-elle toujours une bonne idée ? La question est posée en titre d’un essai de Jean-Luc Sauron, professeur à l’université Paris-Dauphine. En fait, l’auteur subdivise sa question en trois aspects distincts : l’Union européenne vis-à-vis de la mondialisation, la question de la gestion de la diversité des sociétés européennes et la relation des Etats-nations avec l’Union européenne. Pourlui, la démondialisation, chère au socialiste Arnaud Montebourg, « mène l’Europe dans une impasse. Elle n’est pas solution, elle aggrave le problème ». Et il précise : « Seule la construction d’une Europe fédérale, ambitieuse, adaptée aux temps actuels et ancrée dans la mondialisation apportera le cadre nécessaire à l’épanouissement d’une solidarité et d’un patriotisme européen ». Il estime parailleurs que l’Europe fonctionne aujourd’hui « comme une copropriété d’immeuble ». Affirmation qui ne peut être comprise, écrit-il, que par ceux qui ont l’expérience d’une réunion de copropriétaires, « réunion qui pousserait le démocrate le plus convaincu à être séduit par un régime autoritaire éclairé ». La réponse à sa principale question de savoir si l’Europe est toujours une bonne idée tient en un constat : « Le risque est grand de voir l’Europe se briser sur l’écueil de la renationalisation de l’espace économique et sur l’absence d’un vouloir vivre ensemble des Européens. »
Clivages franco-allemands
La « Fondation Jean-Jaurès » et la « Fondation Friedrich-Ebert » ont confié à l’Institut de sondage Ifop la mission d’analyser les réactions des Français et des Allemands face à la dette publique et à la politique économique en Europe. Les résultats de cette enquête réalisée dans la première quinzaine du mois de novembre 2011 auprès de 802 personnes en France et 811 en Allemagne ont été publiés début décembre, alors que Paris et Berlin intensifiaient leurs efforts pour sortir de la crise.
Premier constat : l’inquiétude est réelle. 87 % des personnes interrogées l’affirment en Allemagne, c’est 7 points de plus qu’en décembre 2010 ; en France la progression n’est que de 4 points, mais elle se chiffre à 91 %. La part des très inquiets est légèrement supérieure du côté allemand (37 %) que du côté français (35 %). Plus de la moitié des Français consultés (57 %) ont peur de connaître dans les prochains mois ou les prochaines années le même sort que la Grèce. Ils sont moins nombreux en Allemagne (43 %). Dans les deux pays, la crainte était beaucoup plus forte un an plus tôt. Les raisons de la crise : Français et Allemands n’ont pas forcément la même interprétation. En France, c’est l’incapacité des Etats à réduire leurs dépenses qui est citée en premier (39 %) dans une longue liste d’explications, alors qu’en Allemagne, 29 % estiment que la spéculation sur les marchés financiers est à l’origine du malaise. En troisième position, 21 % des Allemands (contre 12 % des Français interrogés par l’Ifop) citent l’incapacité des institutions européennes à limiter par des règles l’ampleur des dettes nationales, alors que 15 % des Français (contre 10 % des Allemands) dénoncent plutôt l’incapacité des Etats à relancer leur croissance économique et à augmenter leurs recettes. De toute évidence, une large majorité (89 % en Allemagne, 81 % en France) pense dans les deux pays que la crise va obliger les Etats à coopérer davantage en matière économique et budgétaire. Les Français sont plus nombreux (76 contre 63) à croire que la crise va renforcer le couple franco-allemand. Les plus sceptiques sur cette question s’expriment chez les plus jeunes Allemands. Les plus confiants font partie de la génération des plus de 65 ans dans les deux pays.
Le plan d’aide à la Grèce est largement désapprouvé (57 % en France, 76 % en Allemagne) après l’augmentation de la garantie financière décidée dans le cadre du plan de sauvetage européen de la dette grecque en 2010. Rappelons que Paris et Berlin se sont engagés à augmenter leur garantie financière respectivement de 69 et 91 milliards d’euros après un premier soutien en mai 2010. 37 % des Français et des Allemands désapprouvent cette mesure. Plus de 8 Français et près de 9 Allemands sur 10 estiment dans ce sondage que l’argent prêté à la Grèce est de l’argent perdu, car Athènes ne sera jamais en mesure de rembourser de telles sommes. 73 % des Français et 81 % des Allemands se disent favorables à une exclusion de la Grèce de la zone euro, si le gouvernement grec ne parvient pas à réduire sa dette et son déficit. Pas question cependant de revenir au franc ou au deutschemark, même si 24 % des Français et 31 % des Allemands déclarent vouloir quitter la zone euro.
La différence la plus visible se trouve sur la question de la politique commerciale : 68 % des Français se disent favorables au protectionnisme que refusent 32 %. Les chiffres en registrés en Allemagne sont exactement à l’inverse de ceux de leurs voisins. Quelques points de convergence apparaissent néanmoins : par exemple l’obligation pour les Etats-membres d’inscrire la règle d’or budgétaire dans leur constitution , donc de présenter chaque année un budget à l’équilib re et sans déficit, est acceptée par plus de 86 % des personnes interrogées, tout comme la cré ation d’une taxe européenne sur les transactions fin ancières . Mêmes similitudes franco-allemandes, mais cette fois dans le refus : dans les deux pays, la mutualisation d’une partie des dettes des différents pays membres de l’Union européenne pour diminuer le coût de la dette pour les pays les plus fragiles (avec pour effet d’augmenter le coût de la dette pour les pays comme la France ou l’ Allemagne) ne fait pas recette.
Une surprise e n conclusion de ce sondage : seuls 49 % des Allemands, toutes tendances politiques confondues, se disent satisfaits de l’ action coordonnée des dirigeants des deux pays pour faire face à la crise. En France, 55 % partagent ce point de vue, avec un soutien nettement plus large (91 %) des sympathisants de l’UMP pour Nicolas Sarkozy que ceux de la démocratie-chrétienne (70 %) pour Angela Merkel.
Erreur de traduction
La « Fondation Genshagen » a réalisé elle aussi une enquête d’opinion franco-allemande. Les résultats ont été publiés en novembre 2011 dans les deux langues, en introduction d’un colloque sur l’immigration et l’intégration en France et en Allemagne, organisé en coopération avec l’Institut Montaigne. Ce sondage également montre que les avis sont partagés et sensiblement distincts sur la question de l’Union européenne. Trois Français sur dix plaident en faveur d’un transfert de compétences renforcé vers Bruxelles et une moyenne relative de 40 % juge que la répartition actuelle des pouvoirs entre Union européenne et Etats membres est satisfaisante. En Allemagne, un tiers des personnes interrogées considère que l’Union européenne devrait disposer de davantage de pouvoirs.
La première partie du document, consacré à l’intégration, comporte une erreur grave de traduction qui apporte de l’eau au moulin de ceux qui supputent volontiers des intentions bismarckiennes en Allemagne : en effet en traduisant la « Leitkultur » par « culture dominante » (la « Leitkultur » est plutôt une « culture de référence »), par opposition au « modèle républicain » de la France, les auteurs donnent, involontairement peut-être, l’impression de participer à la caricature de l’Allemagne. Il faut certes en convenir : l’expression, qui a fait débat en Allemagne, est difficile à traduire. Mais telle devrait être l’ambition de la « Fondation Genshagen », née d’une initiative commune de Brigitte Sauzay, ancienne conseillère du chancelier Gerhard Schröder pour les relations franco-allemandes, et de l’historien Rudolf von Thadden, que d’éviter de tels malentendus, à l’heure où la coopération franco-allemande n’a vraiment pas besoin d’accusations péremptoires.
Gérard Foussier



