La politique cinématographique de la France en Allemagne occupée (1945-1949)

Autor/Hrsg Auteur/Editeur: Thaisy, Laurence
2006, Septentrion, Presses Universitaires, ISBN10: 2859399038

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Rezension / Compte rendu:
Cinéma et rééducation

Ce livre est avant tout une étude ; celle d'une époque, entre la fin de la Seconde Guerre Mondiale en 1945 et la fondation des deux Etats allemands en 1949 ; celle des influences exercées par les forces d'occupation (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France et Union soviétique) ; et celle d'une renaissance du cinéma allemand, qui était devenu pendant douze années l'instrument de propagande du régime nazi. Mais ce livre est aussi un hommage, parfois critique, à l'action culturelle française, marquée alors par l'expérience historique de la propagande nazie pratiquée aussi bien dans l'Allemagne du 3e Reich que dans la France occupée.
Tout le mérite du livre de Laurence Thaisy, docteur en études germaniques, est de resituer la politique cinématographique de la France sans oublier l'expérience allemande sous le régime de la dictature hitlérienne. Dès sa nomination à la tête du ministère de la Propagande en 1933, Joseph Goebbels aura su exercer un contrôle total sur la vie artistique du pays. L'ordonnance du 6 juin 1933 écartant les juifs et les étrangers de l'industrie cinématographique provoqua l’exode de célèbres réalisateurs comme Fritz Lang et Max Ophuls. La loi du cinéma du 1er février 1934 mit fin également a la critique cinématographique. Le cinéma devint alors un moyen de propagande, à la gloire du parti. Même si « seulement » 150 productions sont classées comme films de propagande, il est clair que les 1200 autres films de divertissement avaient pour mission de remonter le moral de la population, alors que l'armée allemande subissait de plus en plus de défaites.
Pendant l'Occupation, la France a également connu le contrôle étroit des autorités (allemandes et celles de Vichy), avec interdiction des productions anglo-saxonnes et américaines, ainsi que des films interprétés par des juifs. Laurence Thaisy rappelle à ce propos que le cinéaste Bertrand Tavernier a dépeint la vie dans les studios parisiens sous l'Occupation dans le film « Laissez-passer », sorti en 2002.
L'action culturelle de la force d'occupation française en Allemagne était placée sous le signe de la rééducation du peuple allemand dans le cadre d'une politique de dénazification et de démocratisation. L'ouvrage retrace le travail de la Direction de l'Information, installée à Baden-Baden en juillet 1945, et surtout celui de la Section Cinéma, dirigée par Marcel Colin-Reval. Les films français ont d'abord été projetés en version originale sous-titrée, puis en version traduite synchronisée, avec l'aide des studios américains et soviétiques à Berlin et Munich.
Dès 1947, les Français sont en mesure de doubler leurs films par leurs propres moyens. Trois sociétés de droit allemand à participation française majoritaire purent voir le jour. Quant à la production de films allemands, elle ne débute qu'après la réforme monétaire et la fusion des trois zones occidentales. Une première « Semaine du Cinéma » se déroule à Mayence en mai 1946, en octobre les « Journées du Film français » ont lieu à Coblence, puis d'autres festivals sont organisés à Baden-Baden, Worms et Neustadt. Dans le même temps, des ciné-clubs sont mis en place dans la zone française.
Les modalités de sélection des films à projeter fait l'objet d'un chapitre détaillé, avec listes de films « acceptés par Paris » et susceptibles « d'être vus par des Allemands ». Beaucoup de critères apparaissent : dénazification bien sûr, mais aussi l'image de la France – une image prestigieuse et idéale, qui contraignit les censeurs de Baden-Baden á refuser des films trop peu flatteurs, qui à leurs yeux ridiculisaient les institutions françaises.
Laurence Thaisy consacre également un chapitre au film français dans le reste de l'Allemagne occupée. Après quelques projections privées à Munich, Hambourg et Düsseldorf, l'entrée en vigueur de la libre distribution permet aux films d'affronter, non sans mal, la concurrence anglo-américaine. L'auteur précise : « Désireux de se divertir, le public allemand se montrait en général peu exigeant et acceptait avec reconnaissance les films proposés. »
François Talcy

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La politique cinématographique de la France en Allemagne occupée (1945-1949)