Edmond Vermeil, le germaniste (1878-1964)

Du Languedocien à l'Européen

Autor/Hrsg Auteur/Editeur: Jacques Meine (dir.)
2012, L'Harmattan, Paris, ISBN10: 229696740X

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Rezension / Compte rendu:
Contesté, mais respecté
Réflexions sur le germaniste Edmond Vermeil (1878-1964)

Petit écolier dans les années 80 du 19e siècle dans le village languedocien de Congénies dans le Gard, dans un environnement rural donc peu propice à une carrière universitaire, tant sur le plan des mentalités que celui de l’équipement scolaire, Edmond Vermeil, né à Vevey en 1878, en Suisse normande, compte parmi les défenseurs d’un rapprochement franco-allemand entre les deux Guerres mondiales, après être devenu l’un des pères fondateurs de la germanistique française.

A la Libération, Edmond Vermeil récupère sa chaire des Etudes germaniques à la Sorbonne, dont il avait été privé, lorsqu’il était entré en résistance contre le national-socialisme. Parmi ses élèves les plus connus, on retiendra plusieurs acteurs éminents de la relation franco-allemande, parmi lesquels Alfred Grosser, Robert Minder et Joseph Rovan.
Un colloque international avait été organisé à Nîmes en 2011 pour faire mieux connaître ce germaniste oublié par la France et éclairer, à la lumière de son ancrage culturel et spirituel local (dans le Languedoc), l’oeuvre de cet observateur critique et influent des relations entre la France et l’Allemagne, décédé un an après la signature du Traité de l’Elysée.
Il n’existait, jusqu’en 2008, qu’une seule biographie d’Edmond Vermeil, en allemand, signée Katja Marmetschke (aux éditions Bohlau Verlag) – le colloque en France allait réparer cette lacune. L’ouvrage collectif, publié sous la direction de Jacques Meine, repose sur les actes de cette manifestation universitaire, riche en témoignages. C’est aussi une tranche de vie de terroir dans le Midi protestant qui est ainsi présentée au lecteur, avec des portraits émouvants du maître d’école et du pasteur de Congénies, étroitement liés à la formation du futur germaniste, car ils ont marqué tous deux la jeunesse d’Edmond Vermeil. La publication, dans ce livre, d’un texte inédit de Vermeil, intitulé Souvenirs d’enfance et de jeunesse, leur rend un vibrant hommage.
Nommé en 1919 professeur d’histoire de la culture et de la littérature allemandes à l’université française de Strasbourg (refondée après la fermeture de l’université allemande au lendemain de la Première Guerre mondiale), il publie dans la Revue d’Histoire et Philosophie religieuse en 1921 trois articles sur la pensée religieuse de Ernst Troeltsch (1865-1923), éminent universitaire, philosophe et historien des religions, qui a enseigné à Heidelberg, puis à Berlin. Très connu en Allemagne dans les milieux universitaires, il est cité par Edmond Vermeil dans sa thèse de doctorat, unique présentation correcte en France des travaux de Troeltsch. Selon André Gounelle, pasteur de l’Eglise Réformée de France, « il faut reconnaître à Vermeil le grand mérite d’avoir été probablement le seul Français de sa génération qui ait lu Troeltsch, l’ait compris et ait perçu l’importance de sa pensée ». Mais il ajoute : « Par contre, il n’est pas vraiment arrivé, comme il l’aurait voulu et comme il aurait été souhaitable, à l’introduire dans le débat français ».

De Luther à Hitler

Dans un ouvrage ultérieur, L’Allemagne, essai d’explication, publié en 1934, il écrivait : « Sans une étude approfondie de la Réforme luthérienne, toute
véritable intelligence de l’Allemagne, même moderne et contemporaine, demeure impossible », donnant ainsi l’impression d’imputer à Martin Luther une forte responsabilité, voyant dans sa doctrine « l’origine des maux dont l’Allemagne pâtira, et avec elle, l’Europe et le monde tout entier ». Débat assuré. Thierry Feral, fondateur de la collection Allemagne d’hier et d’aujourd’hui aux Editions L’Harmattan, replace néanmoins le sujet dans son contexte historique, celui de 1934. Selon lui, Vermeil « décrypte pour les Français les fantasmes qui bouillonnent dans les cerveaux allemands déboussolés par la défaite de 1918 et quinz années de crise », car, écrit encore l’éditeur germaniste, « nos voisins imaginent par avance ce qu’ils appliquent ensuite avec la dernière rigueur ». Et à tout bien considérer, « les analyses ultérieures du corpus idéologique du Troisième Reich ne feront que confirmer, compléter, approfondir et nuancer – avec le bénéfice du recul historique ce que le professeur Vermeil avait décortiqué à chaud avant la guerre et combattu dès 1933 par la parole et la plume ».
Christian Amalvi, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Montpellier, fournit dans ce livre une intéressante réflexion sur les rapports entre Edmond Vermeil et Joseph Rovan, son « disciple rebelle ». Rebelle, car Rovan (1918-2004), futur président du Bureau International de Liaison et de Documentation (B.I.L.D.) et futur rédacteur en chef de la revue Documents (à partir de 1985), contestait la thèse de la continuité de l’histoire allemande, « théorie fort en vogue en France, dans la première moitié du 20e siècle, vulgarisée par l’oeuvre de Vermeil, et dont il reste probablement des traces encore aujourd’hui dans l’imaginaire national ». Dans ses ouvrages et ses interventions, Joseph Rovan invitait les Français à se méfier du mythe de « l’éternelle Allemagne ».

Un engagement exemplaire

Les positions d’Edmond Vermeil ne font pas l’unanimité chez les germanistes, pas plus hier qu’aujourd’hui. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par exemple, Vermeil s’est engagé dans la Commission de rééducation, alors qu’Alfred Grosser, son ancien élève, militait plutôt pour les échanges. « La différence d’attitude des deux hommes à adopter face à l’ennemi de la veille est sans doute due à la différence de génération », note Rainer Riemenschneider, ancien professeur associé de l’université de Montpellier, qui rappelle que Joseph Rovan lui aussi rejetait « la vision déterministe de l’histoire allemande ».
Edmond Vermeil est tombé dans l’oubli – mais « ce ne peut pas être en rapport avec son engagement exemplaire d’intellectuel et de chercheur », estime Katja Marmetschke, ce sont plutôt ses interprétations du pays voisin qui continuent de susciter les critiques. Très éloquent, conclut-elle, « fut le silence de la germanistique française sur Edmond Vermeil », concentrée sur des thèmes littéraires et linguistiques, « se retirant ainsi sur un terrain présumé moins risqué, puisque apolitique ». Pourtant, on ne saurait cacher que « Vermeil considérait comme primordiale sa tâche de rassembler des faits sur le pays voisin et de les classifier, afin d’en retirer des conclusions objectives ». Et l’universitaire allemande d’ajouter : « Dès lors, l’Allemagne n’était plus le pays de l’irrationnel et du mystique, qui se dérobait à une interprétation raisonnée, mais plutôt une nation dont le cours historique obéissait à des lois spécifiques qu’un observateur venant de l’extérieur pouvait identifier ».
Gérard Foussier

Späte Hommage
Der 2012 erschienene Sammelband Edmond Vermeil, le germaniste (1878-1964) fasst die Ergebnisse eines Kolloquiums zusammen und ist eine Hommage für einen der Gründerväter der französischen Germanistik und entschiedenen Befürworter der deutsch-französischen Annäherung.
Red.

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Edmond Vermeil, le germaniste (1878-1964)