Der Sommer des Jahrhunderts
2012, S. Fischer, Frankfurt/ Main , ISBN10: 3100368010
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Rezension / Compte rendu:
Cette année-là
Le kaléidoscope minutieux de l’année 1913
Après l’année franco-allemande, qui marque le 50e anniversaire de la signature du Traité de l’Elysée, 2014 sera l’année du centième anniversaire du déclenchement de la Grande Guerre. De nombreux ouvrages seront bien sûr consacrés à cette commémoration. Mais un livre retient l’attention. Son titre : 1913.
Florian Illies, historien de l’art et journaliste qui a dirigé les pages culturelles de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, puis de l’hebdomadaire Die Zeit, ne prétend pas expliquer avec ce livre le déclenchement du conflit mondial de 1914, il aborde d’ailleurs fort peu les questions politiques. Son objectif : présenter le kaléidoscope de la vie culturelle de 1913, essentiellement en Allemagne, mais à l’étranger également, pour brosser le portrait d’une société en attente d’un nouveau départ. L’auteur propose donc une multitude d’informations sur les poètes, les musiciens, les personnalités du moment pour rassembler les pièces d’un gigantesque puzzle, où les acteurs de cette époque, indépendamment les uns des autres, marquent de leur empreinte cette dernière année de paix avant le grand choc de 1914.
Avec une minutie extrême, Florian Illies reconstitue mois après mois les petits événements parfois anodins et les grands rendez-vous de 1913. Son ouvrage est un véritable carnet d’adresses, dans lequel il précise le nom des rues et les numéros des maisons où ont vécu, à Berlin et à Vienne, à Paris et à Hambourg, les acteurs de cette dernière année de paix que le sous-titre du livre présente comme « l’été du siècle » ou encore comme « le coteau sud de l’Histoire ». Le sociologue Max Weber (1864-1920) parlait d’un « désensorcellement du monde » (peut-être que l’on peut traduire Entzauberung plutôt par désenchantement). Non sans humour, l’auteur introduit des clins d’oeil sympathiques dans ses chapitres. A onze reprises par exemple, de janvier à novembre, il note brièvement que l’on n’a toujours pas retrouvé le tableau de la Joconde volé au Louvre en août 1911 par un artisan italien – pour arriver en décembre avec cette bonne nouvelle : Mona Lisa regagne la France – un chapitre qui a marqué les événements de 1913. Autre clin d’oeil : il énumère au fil des pages les naissances de ceux qui ne feront parler d’eux que bien plus tard, comme Burt Lancaster, Hans Filbinger (futur ministre-président de Bade-Wurtemberg en 1966) ou encore Albert Camus (futur metteur en scène en 1959 du roman de Dostoïevski, Les Possédés), né le même jour (7 novembre) que la parution à Vienne du tout premier numéro d’un magazine autrichien intitulé... Die Besessenen (les possédés). Et surtout, il se plaît à imaginer des situations, qui si elles avaient eu lieu véritablement, auraient peut-être changé la face du monde. Un modeste peintre sans succès nommé Hitler (24 ans en 1913) a peut-être effectué le même mois, (le même jour ?) que Trotzki (33 ans, exilé en Autriche, où il fonde la Pravda en 1912 à Vienne) et Tito (21 ans, il est pilote d’essai pour Daimler près de la capitale autrichienne) une promenade dans les jardins du château de Schönbrunn à Vienne. Une telle spéculation alimente des hypothèses inutiles sur le cours manqué de l’Histoire. En réalité, elle ne provoque, sinon un haussement d’épaules, tout au plus un léger sourire pour qui les coïncidences de 1913 n’ont aucun rapport avec la situation des années 30 et 40. On ne refait pas l’Histoire. Entre faits et fiction le livre ne se perd pas dans la prophétie, tout n’est que suggestion. Florian Illies collectionne les événements de 1913 comme d’autres de vieux livres – pas pour les critiquer ou les analyser, mais pour les mettre en relation, alors qu’ils n’ont aucun rapport entre eux. Il ne livre aucune thèse, pas même une synthèse. Il se contente d’observations avec un recul de près de cent années.
Le lecteur ne peut s’empêcher cependant, en lisant les anecdotes et les faits et gestes de 1913 de penser constamment à 1914. Même si le livre ne veut pas être la description d’une année d’avantguerre. Même si le philosophe Oswald Spengler (1880-1936) travaille cette année-là à sa Décadence de l’Occident et si l’horizon semble s’assombri en Europe, les optimistes sont encore nombreux, comme David Starr Jordan, président de la Standford University, qui clame à son public que « la grande guerre qui menace éternellement en Europe ne viendra jamais », pour des raisons uniquement économiques. Florian Illies ne critique pas, il ne corrige pas, il constate, relève et rapporte, faisant semblant de ne pas connaître la suite de l’Histoire. Bien sûr, son choix n’est pas innocent et c’est au lecteur d’interpréter les chaînes de montage lancées par Henry Ford aux Etats-Unis, le premier looping effectué par un avion, l’ouverture du premier magasin de Chanel, la représentation du Sacre du Printemps d’Igor Stravinsky à Paris ou encore l’arrestation d’un gamin de 12 ans le 1er janvier 1913 qui venait de saluer bruyamment l’arrivée de la Nouvelle Année en tirant deux coups de révolver (il s’agissait d’un certain Louis Armstrong que l’on ne parviendra à calmer qu’en lui mettant une trompette entre les mains ) ou les amours d’Oskar Kokoschka (1886-1980) et Alma Mahler (1879-1964). A moins que l’échec désastreux du premier Salon allemand d’Automne à Berlin, qui prétendait vouloir faire date en ce début tardif de 20e siècle, n’ait été un signe précurseur, tout comme la querelle des sociologues Sigmund Freud (1856-1939) et C. G. Jung (1875- 1961) ou l’accueil assez froid du monde littéraire réservé aux lettres insupportables de Kafka (1883- 1924).
En fait rien de bien nouveau dans ce que collectionne l’auteur de janvier à décembre 1913, mais le rapprochement de tous ces événements plus ou moins connus sert de définition à cette « année monstrueuse » (autre sous-titre donné en quatrième de couverture), sans que l’on puisse en fait dire ce qui distingue l’année 1913 de toute autre année de tout autre siècle, surtout si l’on se réfère aux nombreuses crises politiques et économiques. Ce qui est fascinant néanmoins, c’est de constater que le Moderne, tel qu’il est perçu aujourd’hui, existait déjà, sans le savoir, avant la Première Guerre mondiale (qui ne portait pas encore son nom, car s’il est vrai que la Grande Guerre était déjà difficile à prévoir en 1913, la Seconde était étrangère à tout débat). Ce n’est qu’à la fin de l’ouvrage, en date du 31 décembre 1913 que l’auteur rappelle brièvement que Käthe Kollwitz (1867- 1945) a parlé d’ « une année assez paisible, ni morte ni endormie, avec beaucoup de vie intérieure », alors qu’Arthur Schnitzler (1862-1931) a passé l’après-midi à lire le livre de Ricarda Huch (1864-1947), Der große Krieg in Deutschland (La grande guerre en Allemagne), avant de passer la soirée à jouer à la roulette jusqu’à minuit, l’heure de trinquer à l’année 1914. Sans autre commentaire.
Gérard Foussier
Der Sommer des Jahrhunderts
Der Kunsthistoriker Florian Illies beschreibt minutiös das Jahr 1913, das letzte Friedensjahr vor der ersten planetaren Katastrophe des 20. Jahrhunderts, und erweckt den Zauber eines Schlüsselmoments der Kulturgeschichte zum Leben. In seinem Buch verschmelzen Anfang und Ende, Triumph und Melancholie – das Kaleidoskop eines unvergleichlichen Jahres, in dem die Gegenwart beginnt.
Red.



