Europe : L'enjeu linguistique

Études de la Documentation française

Autor/Hrsg Auteur/Editeur: Truchot, Claude
2008, Paris, ISBN10: B0019LZ18A

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Rezension / Compte rendu:
Une géographie des langues : L'Europa à la recherche d'une politique linguistique

Claude Truchot, professeur émérite de l'Université Marc-Bloch de Strasbourg, propose dans une étude fort intéressante un tableau des usages linguistiques en Europe. L'auteur revient toutd'abord sur la constitution de familles linguistiques dans l'histoire, avec le grec et le latin dans le contexte d'extensions coloniales. Pour ce qui est des peuplades germaniques, étendues dans le Nord de l'Europe jusqu'aux cours inférieurs de la Weser et de l'Oder, puis jusqu'aux embouchures du Rhin et de la Vistule, elles ont élargi leur influence linguistique, avec leur installation en Gaule, dans la péninsule ibérique et en Italie, tout en adoptant progressivement les parlers issus du latin.
Claude Truchot estime que les fondations de la géographie linguistique de l'Europe ont été mises en place avant la fin du premier millénaire. A l'époque médiévale, le latin, peu pratiqué dans les populations, est la langue utilisée par les pouvoirs (Eglise, administrations) pour gérer l'Europe occidentale, puis pour favoriser l'éducation.
Mais au 12e siècle environ, des langues « vulgaires » deviennent à leur tour des langues de pouvoir politique, d'échanges économiques, de culture et d'administration. Deux langues vont alors s'imposer : le français, langage de plusieurs dynasties souveraines, et l'allemand vers l'Est du Saint-Empire romain germanique. Seuls le polonais et le hongrois réussiront à s'affirmer grâce à l'existence relativement continue d'un Etat. L'auteur rappelle que « la Réforme, le schisme survenu au 16e siècle au sein du christianisme qui donne naissance au protestantisme, s'intègre pleinement dans les transformations linguistiques de l'époque ». Les théoriciens de la Réforme rejettent en effet le latin, langue de la papauté.
Les relations entre une langue et l'unité nationale apparaissent avant la fin du 18e siècle. Puis l'industrialisation va remodeler les usages linguistiques au sein d'une entité ouvrière, alors que les parlers régionaux vont rester la marque des villages et de la campagne. Les découpages territoriaux dans la première moitié du 20e siècle (surtout au lendemain de la Première Guerre mondiale) auront des effets linguistiques majeurs, chaque pays accédant à l'indépendance se donnant alors une langue qui lui est propre, une langue nationale. En 1962, la Belgique se donnera officiellement des frontières linguistiques (français, néerlandais et allemand), Malte, indépendante en 1964, fera du maltais une langue nationale.
Quant aux langues régionales et minoritaires (ce que les Français préfèrent appeler chez eux les langues de France), elles feront l'objet d'une Charte européenne en 1992, avec une différenciation idéologique et politique entre langues et dialectes. Un sujet sur lequel revient Wolfgang Köhler, lecteur dans une maison d'édition d'Augsbourg, dans un ouvrage (sa thèse de doctorat passée à l'Université de Heidelberg) consacré plus spécialement à la langue bretonne dans le Sud du Finistère. Peu nombreux sont les travaux réalisés sur ces langues régionales et minoritaires (notamment en France). La Charte européenne a été certes signée par la France en 1999, mais Paris ne l'a toujours pas ratifiée, alors que l'Assemblée Nationale a accepté en 1998 d'en inscrire le principe dans la Constitution.
Wolfgang Köhler décrit, dans son étude publiée aux éditions Libertas, le conflit linguistique qui existe entre le breton et la langue française et traduit les difficultés à sauvegarder une langue en voie de disparition depuis que les ducs de Bretagne au 10e siècle ont dû quitter la région après les affrontements avec les Normands. Ce n'est pas la seule raison : la Révolution de 1789 considérera les langues nationales comme un obstacle à l'unité nationale et les lois de Jules Ferry en 1882 feront valoir que ces « patois » ne favorisent pas l'alphabétisation de toute la population. Entre les rares Bretons qui ne parlent que cette langue (l'auteur estime qu'ils ont désormais tous disparu), ceux qui l'emploient uniquement avec des amis ou des voisins et ceux (les « Bretonnants ») qui militent pour que survive la langue de leurs ancêtres, Wolfgang Köhler est allé chercher dans le Sud du Finistère les réponses qui traduisent plus une vision folklorique de la politique linguistique qu'une vraie volonté du gouvernement de protéger la langue. Rien ne dit que la situation du breton est exemplaire et valable pour toutes les régions du continent. Nul doute que du basque au bavarois, du sorabe au westphalien, les réalités linguistiques divergent.
Le phénomène de l'immigration a influencé lui aussi l'espace linguistique en Europe. Selon l'analyse de Claude Truchot, seuls les trois Etats baltes et la Pologne envoyaient (en 2002) plus d'émigrants qu'ils ne recevaient d'immigrés. En l'absence d'études d'évaluation sur les langues issues de l'immigration, il faut se contenter de constater que « les phénomènes migratoires sont à l'origine d'une grande diversité linguistique et de nombreuses situations de multilinguisme et de contacts de langues ».
Dans de nombreux pays de l'Union européenne, la politique d'immigration place désormais la connaissance de la langue du pays d'accueil au centre des exigences formulées à l'adresse des immigrés pour qu'ils aient droit au statut de résident et accès au marché du travail. Cela vaut aussi pour les modalités de naturalisation. Mais toutes les initiatives ne sont pas forcément bien accueillies. C'est ainsi qu'un débat avait éclaté en 2005 en Allemagne, lorsque des établissements scolaires de Berlin avaient rendu obligatoire l'usage de l'allemand dans les cours de récréation. En 2005 également, les Pays-Bas avaient été les premiers à instaurer un test de connaissance linguistique comme préalable à l'entrée des immigrés dans le pays. Lorsqu'on évoque la question des langues dans l'Union européenne, il convient de distingueraussi les langues officielles des langues de travail dans les institutions. Plusieurs instances se limitent à communiquer en anglais (comme la Banque Centrale Européenne de Francfort/Main), même si les langues des pays de la zone euro y sont tous considérées comme des langues officielles. L'anglais, le français et la langue du pays qui assume la présidence du Conseil européenne chaque semestre sont les seules langues acceptées à ce niveau, malgré les protestations répétées (mais vaines) de Berlin qui souhaiterait voir l'allemand figurer dans la liste. L'anglais s'est imposé bien avant que le Royaume-Uni ne fasse son entrée dans l'Europe communautaire. La mondialisation n'a fait qu'accélérer le phénomène, mais la pratique date du milieu des années 70, lorsque les pays nordiques estimaient que la place de leurs langues nationales était trop restreinte. L'anglais est vite devenu « langue de l'entreprise », avec quelques réticences en Allemagne, et encore plus en France. Claude Truchot cite également l'exemple des Bourses de Paris, Amsterdam et Bruxelles, qui ont fusionné en 2000 sous le nom d'Euronext, avec l'anglais pour seule langue de travail. Dans sa conclusion, l'auteur relève que « pendant longtemps, dans l'entreprise, l'activité langagière a été reconnue aux fonctions de direction et de conception, sans l'être aux fonctions d'exécution ». Et il ajoute : « L'exigence de savoir lire, écrire et communiquer s'est très largement répandue dans le monde du travail. » D'où ce constat : « Dirigeants et exécutants doivent pouvoir communiquer, ce qui signifie dans la plupart des cas avoir une langue commune. »
Claude Truchot recommande dès lors que les acteurs politiques, mais aussi sociaux, économiques et culturels, devraient être mobilisés pour l'élaboration d'une politique linguistique à l'échelon européen : « A condition de les faire converger vers des enjeux reconnus de tous. Ce qui pour l'instant est loin d'être le cas. »
Jérôme Pascal

Schwierige Sprachpolitik
Europa sucht seine gemeinsame Sprache. Immer mehr setzt sich Englisch als einzige Arbeitssprache durch, wie zum Beispiel in der Europäischen Zentralbank in Frankfurt/Main, obwohl alle Sprachen der Euro-Zone als offizielle Sprachen dieser Institution anerkannt worden sind. Auch bei der Fusion der Börsen von Paris, Amsterdam und Brüssel unter dem Namen "Euronext" hat sich die englische Sprache durchgesetzt. In einer umfangreichen Dokumentation schildert der Straßburger Professor Claude Truchot die Entwicklung der Spracheinflüsse in Europa. Er erklärt, wie mit ihrer Unabhängigkeit die Sprachen vieler zu Nationalsprachen geworden sind - letztes Beispiel ist Malta, das 1964 das Maltesische zur Nationalsprache auserkor. Auch der sprachliche Einfluss der Migranten wird in diesem Buch analysiert. Immer mehr Länder führen Sprachgesetze ein, die die Einwanderer noch vor ihrer Ausreise nach Europa auf Kenntnisse der Sprache im Gastland überprüfen. Manche Initiativen führen allerdings zu Debatten, wie 2005 in Berlin, als einige Schulen verlangt hatten, dass nur noch Deutsch auf dem Schulhof gesprochen werden sollte.
Red.

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Europe : L'enjeu linguistique