2010, Gerstenberg, Hildesheim 2010, ISBN10: 383692613X
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Rezension / Compte rendu:
Les plus belles librairies d'Europe
Le choix a dû être difficile. Rien qu'à Paris, les librairies historiques et de renom sont nombreuses, telles « La Hune » (l'intello), « La Maison Rustique », (le spécialiste de la main verte), et dans un autre genre « Shakespeare and Company » (l'anglophone). Le choix de l'auteur, Rainer Moritz, depuis 2005 directeur du « Literaturhaus Hamburg », écrivain, traducteur et critique littéraire à ses heures, était double. Il s'arrêtait rive droite : au Faubourg Saint-Honoré, avec le libraire Auguste Blaizot, spécialiste de livres anciens ainsi que Rue de Rivoli, dans la prestigieuse librairie « Galignani » pour les retenir dans son livre consacré aux plus belles librairies d'Europe. Créée par un italien et toujours restée dans la même famille, la dernière garde le prestige d'avoir été « la première librairie anglaise sur le continent ». Elle attire une clientèle aussi prestigieuse que cosmopolite venant du « show-bizz », du luxe ou de la politique. Peu importe qu'elle ne soit pas française - le monde littéraire a toujours transgressé les frontières.
A Berlin, Rainer Moritz fit escale avec son photographe Reto Guntli dans le « Bücherbogen », une librairie moderne et plutôt épurée, spécialisée en ouvrages sur l'architecture, le design et la photographie du 20e siècle. Elle se love dans les voûtes d'une boutique éclairée au néon - contraste parlant - sous les pittoresques arcades de la « S-Bahn » du Savignyplatz. Ici, les nourritures terrestres jouxtent la nourriture de l'esprit. Intellectuels, peintres, hommes et femmes de théâtre, professionnels des médias se retrouvent midi et soir dans l'un des nombreux restaurants avec terrasse qui entourent cette belle place ombragée d'arbres. Ils profitent pour flâner avant ou après leur rendez- vous dans cet univers du livre.
A Londres, toujours selon Rainer Moritz, le bibliophile devrait se rendre chez « Daunt Books » pour faire ses emplettes littéraires dans une ambiance « so british », incluant boiseries, escaliers-à-vis, comptoir rétro. Et puis, il y a ces endroits pittoresques, tels une chapelle comme « Aigner » à Marbach ou une énorme église comme « Selexyz Dominicanen » à Maastricht qui hébergent également des livres. Rien de plus symbolique qu'un temple de culte pour ce culte quasi sacré voué aux livres. Ce qui rend le livre de Moritz si intéressant et agréable à lire, c'est le mélange entre impressions personnelles de l'auteur et une recherche solide dans les coulisses. L'auteur ne s'arrête pas au seuil. Il sait qu'un libraire donne l'âme au magasin. Cette âme qui fait que lecteurs, bibliophiles, chercheurs, collectionneurs ou humbles novices entrent, restent et reviennent. Aussi, Rainer Moritz a-t-il interviewé les libraires. Il brosse le portrait de ces personnages érudits, souvent hauts en couleur derrière une discrétion affichée, d'une tenue agréablement en retrait, mais toujours parée d'un solide sens du service devenu si rare à notre époque. Bien que les temps soient durs pour eux à l'ère du « e-book, de la vente par internet et de l'empire des grandes chaînes, ils restent des passionnés qui se plaisent dans leur métier. Le fameux « Rotstift », ce crayon rouge qui en allemand traduit les mesures draconiennes d'économie, se pointe par-ci, par-là, mais ils tiennent bon tant qu'ils peuvent tenir. Et ils regrettent peu, restent, comme constate l'auteur, « des enthousiastes qui séduisent le client à la lecture ».
Rainer Moritz a également regardé les cahiers de commandes. Guidé par les libraires, il relève leur caractère parfois loufoque dû à une clientèle non moins pittoresque. A « Heywood Hill », Londres, où le connaisseur achète des livres cadeaux pour la « Queen », pour être sûr de ne pas commettre un faux-pas, un duc s'investit comme actionnaire et il dépense 36 000 « pounds » pour des ouvrages uniquement consacrés aux fleurs et oiseaux. Il s'est ainsi créé une belle bibliothèque privée sous l'œil averti du libraire. Ce qui revient à dire que les lecteurs se révèlent souvent comme une clientèle à part pour qui la littérature reste l'opium de l'exis- tence, cette drogue que Baudelaire et bien d'autres poètes aimaient consommer pour mieux créer le beau dans les limbes. Alors consommons...
Le choix de l'endroit pour implanter un magasin, nous rappelle l'auteur, est loin d'être innocent. Souvent les librairies se situent au cœur même de la vieille ville et font ainsi partie de l'histoire de la cité (« Stadtgeschichte ») et du développement urbain. A Stade, près de l'Elbe, la librairie « Friedrich Schaumburg », créée en 1840, en témoigne. A Fribourg, en Forêt Noire, le « Haus zum Wetzstein » date de 1460. Au 20e siècle la recherche du lieu reste aussi décisive. Vingt librairies jalonnent ainsi le chemin européen des bibliophiles. Un chemin richement illustré par les belles photographies de Reto Guntli, et d'Agi Simoes, deux photographes de renom habitués à travailler ensemble. C'est un choix visuel réussi. Mais encore une fois, c'est l'âme qui importe dans ces lieux et que nous révèle le texte.
Profitons de ce survol pour allonger la liste si courte et rendre hommage enfin (!) à une libraire d'une cinquantaine d'années travaillant dans le temple culte de la consommation de luxe, le « KaDeWe » à Berlin. Elle y règne, un peu effacée, sur un univers littéraire loin d'être le plus grand ou le plus beau de la ville. Mais dans son île consacrée aux livres pour la jeunesse, elle rayonne par son savoir, sa gentillesse, son sens d'accueil. Avec Madame Waldow nous plongeons d'une minute à l'autre dans des délicieuses aventures livresques des « Knickebockers », d'Izmael ou autres.
Bettina de Cosnac
In europäischen Literaturtempeln
Was für ein literarisches Unterfangen, die schönsten Buchhandlungen Europas vorzustellen! Allein in Paris ist die Zahl der geeigneten Kandidaten von Rang enorm: La Hune gehört dazu, La Maison rustique, Shakespeare and Company und natürlich Galignani, die "erste englische Buchhandlung auf dem Kontinent", gegründet von einem Italiener - die literarische Welt war stets kosmopolitisch - und noch immer in Familienbesitz.
Rainer Moritz, seit 2005 Leiter des Literaturhauses Hamburg, Schriftsteller, Übersetzer und Kritiker, hat den mit opulenten Bildern der Fotografen Reto Guntli und Agi Simoes illustrierten Band verfasst und dabei, so die Rezensentin, ein feines Gespür für die richtige Auswahl bewiesen - zum Beispiel mit dem Bücherbogen in den Arkaden der Berliner S-Bahn am Savignyplatz, Daunt Books und Heywood Hill in London, Aigner in Marbach, Friedrich Schaumburg in Stade oder Selexyz Dominicanen in einer ehemaligen Kirche in Maastricht. Für die bibliophile Kundschaft derartiger Literaturtempel ist Bücherkonsum eine Droge im Baudelaireschen Sinn.
Was die Lektüre des Werkes so interessant und angenehm mache, so die Rezensentin weiter, sei eine gelungene Mischung aus gründlicher Recherche und persönlichen Eindrücken, wozu auch die zahlreichen Interviews mit den Buchhändlern gehörten.
Red.



