2008, Albin Michel, ISBN10: 2226179100
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Rezension / Compte rendu:
Espoir et désenchantement
L’Allemagne que présente l’auteur est celle qui va de 1848 à celle de 1890, une interprétation de l’histoire culturelle à la lumière de la notion de réalisme. Cette notion, essentielle en politique et en philosophie, dans les arts et la littérature, dans l’enseignement et la vie intellectuelle, a marqué les profondes réformes de la société entre l’échec de la révolution de 1848 et le départ de Bismarck de la chancellerie quarante-deux ans plus tard, avec entre les deux l’accès à l’unité du pays en 1871. La modernisation sociale et culturelle est interprétée par l’avant-garde intellectuelle comme la trahison d’un idéal forgé au temps de Goethe et de Humboldt. Spécialiste de l’histoire culturelle allemande, Jacques Le Rider brosse un tableau généalogique de l’Allemagne entre espoir et désenchantement. Il souligne les profondes différences entre la France et l’Allemagne, dès lors qu’il s’agit d’évoquer le romantisme, le classicisme ou le réalisme. Les romanciers et peintres allemands par exemple suivent plus facilement le modèle anglais que le français. Jusqu’à la guerre franco-allemande de 1870, les réalistes français seront nettement moins sévères vis-à-vis du réalisme allemand que le contraire. Elles seront d’abord marginales, puis positives, alors que les auteurs allemands se détournent des modèles français – Balzac déçoit, Stendhal n’est même pas traduit et Dickens est préféré à Flaubert. Seuls Marx et Engels déclarent admirer Balzac après la révolution de 1848. Les auteurs français les plus populaires à cette époque sont Alphonse Daudet, Emile Zola. Nietzsche évalue certes la littérature française à rebours des appréciations du moment, mais il est vrai que ses jugements « n’exerceront leur influence en Allemagne qu’à partir de la fin des années 1890 », note l’auteur qui consacre également un chapitre aux points communs plus évidents chez les artistes peintres : « ils sont presque unanimes à condamner les prétentions de la photographie à prendre rang parmi les beaux-arts ». Chaque chapitre devient un portrait du réalisme, introduction aux mouvements qui apparaîtront dans les années 90, le naturalisme, le symbolisme et le style Belle époque, plus connu sous le nom de Jugendstil. Celui consacré à la réalité sociale et au roman réaliste permet à l’auteur de présenter plusieurs auteurs souvent méconnus (ou mal connus) en France comme Gustav Freytag (« un libéral réaliste »), Frierich Spielhagen (« la norme bourgeoise »), Theodor Fontane (« le réalisme bien trempé ») ou Wilhelm Raabe (« l’humour de la désillusion »). L’ouvrage s’achève sur des noms plus connus, de Richard Wagner (« entre réalisme et symbolisme ») à Max Weber (« critique du réalisme politique ») sans oublier Friedrich Nietzsche, qualifié de « chantre du pessimisme de la force » et de « national-libéral désillusionné ». Des termes qui permettent à Jacques Le Rider dans son épilogue de présenter les analogies entre ce réalisme du XIXe siècle et la nouvelle objectivité de 1925 à 1932, deux réalismes qui « récusent l’idéalisme et le romantisme de la période précédente ».
Jérôme Pascal



