Ein Jahr im Parlament
2014, S. Fischer, Frankfurt am Main, ISBN10: 3100921097
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Ce livre a fait l'objet d'un compte rendu de lecture dans le numéro : Dokumente/Documents 4/2014
Rezension / Compte rendu:
Beaux parleurs et médisants
Passer un an sur les bancs des visiteurs du Bundestag pour en suivre tous les débats parlementaires, avait tout du défi, puisque l'année 2013, celle des dernières élections, promettait d'être riche en joutes oratoires. Roger Willemsen, journaliste et animateur de télévision, a pris les habits de l'électeur dans ce qu'il est convenu d'appeler la « haute maison » (Das Hohe
Haus ). Les trois quarts du livre sont cependant consacrés au premier semestre – les députés ont siégé de janvier à juillet, puis en septembre jusqu’aux élections du 22 après deux mois de vacances, avant une nouvelle pause imposée jusqu'à la formation du nouveau gouvernement seulement en décembre.
Roger Willemsen ne voulait pas s'entretenir avec les hommes politiques, comme il le fait dans les médias, il voulait écouter attentivement les uns et les autres, analyser leurs propos et leurs gestes à la tribune du Bundestag et proposer une réflexion sur le rôle et la mission des élus de la nation pour en tirer des conclusions sur l'état de la démocratie en Allemagne. Le résultat est assez décevant – une lecture lassante et répétitive, malgré quelques bonnes observations et considérations intellectuelles qui renforcent néanmoins un sentiment d'impuissance face à une grosse machine qui semble faire du surplace. L'auteur dissèque les discours, photographie les mimiques, interprète les propos en jouant parfois sur les mots, toujours à la recherche d'un idéal de démocratie qu'il ne retrouve ni chez les beaux parleurs, ni chez les médisants. Son principal reproche va droit au système, qui fait que les décisions sont prises bien avant les faux débats à la tribune parlementaire sur des sujets préparés d'avance en commissions. C'est pourtant toute la vocation des députés que de « parlementer », donc de parler. Roger Willemsen se fait un plaisir de décrire ces orateurs que les députés de l'autre camp n'écoutent plus, préférant tapoter sur leurs smartphones ou se plonger dans leurs dossiers, voire discuter avec le voisin, même lorsqu'ils sont interpelés.
L'avantage de ce livre, ce sont toutes les informations données en marge sur l'histoire du Bundestag, sur son architecture, sur les comportements des uns et des autres, sur les effets de rhétorique. Mais les nombreuses descriptions sur la couleur des vêtements ou les reflets du soleil dans l'hémicycle sont superflues. Après quelques chapitres, le lecteur sait à quoi s'en tenir – la conclusion n'est plus une surprise : l'auteur a dévoilé son jeu dès les premièressessions. Il se veut objectif (comme le serait l’image d’un appareil photo), mais pratiquement aucun membre du gouvernement ne trouve grâce à ses yeux, la chancelière étant la première visée par ses critiques, les sociaux-démocrates ont droit à quelques éraflures, seuls les verts et la nouvelle gauche sont épargnés. Lui, l'observateur, ne cache pas ses propres conceptions de la politique et sa déception de voir que les visiteurs n'ont même pas le droit de mâchouiller du chewinggum, alors que les députés peuvent s'envoyer des amabilités pas toujours conformes aux bonnes moeurs.
En cette année 2013, dite « franco-allemande », on regrettera ne serait-ce qu'une brève allusion à la session « historique » du 22 janvier, célébrant le 50e anniversaire du Traité de l'Elysée en présence de (presque) tous les parlementaires français et allemands au Bundestag. Il est vrai qu'il ne s'agissait pas d'un débat, mais d'une cérémonie de commémoration.
François Talcy



