Spaziergänge mit Dichtern und Denkern Europas
2012, Conte, Sarrebruck , ISBN10: 3941657402
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Rezension / Compte rendu:
En passant par la Lorraine
Un guide littéraire et touristique sur le cœur de l’Europe
Il y a plus de mille ans, les ancêtres des Allemands et des Français d’aujourd’hui vivaient ensemble dans une région, où l’on parlait plusieurs langues – un trait d’union entre l’Est et l’Ouest de l’Europe, mais aussi une zone de conflits entre voisins jaloux : un ouvrage allemand brosse un portrait détaillé de cette région, la Lorraine.
S’il fallait ne citer qu’un personnage lié à la Lorraine, ce serait bien sûr Jeanne d’Arc (vers 1411-1431), honorée dans toute la France, mais surtout à Vaucouleurs et à Domrémy-la-Pucelle, une commune d’une centaine d’habitants à l’époque, 150 aujourd’hui. Vouloir citer tous les auteurs qui ont écrit sur la bergère de Lorraine relève du défi. Dans son ouvrage fort documenté, Stefan Woltersdorff s’en tient à l’essentiel, ce qui est déjà beaucoup. Aujourd’hui, cette région, comme la Pucelle jadis, a une mission à remplir : même si aucune institution européenne n’a pu jusqu’ici avoir son siège en Lorraine, la Lorraine entend faire avancer l’union de l’Europe, comme le souhaitait le plus européen des Lorrains, Robert Schuman (1886-1963), né au Luxembourg certes, mais son père était originaire de Metz. Par la Paix de Francfort en 1871, Robert Schuman était devenu allemand, par le Traité de Versailles en 1919, il sera français. C’est en 1926 qu’il achète à Sey-Chazelles (Sigach en allemand) une maison, où une plaque rend hommage aujourd’hui à celui qui « a jeté les bases de l’Europe unie, gage de prospérité et de paix dans le monde ». Des mots qui résonnent dans le subconscient de tous ceux qui associent les horreurs de la guerre à certaines communes de Lorraine : Verdun par exemple. On ne compte plus les récits de la Grande Guerre qui d écrivent les sanglants affrontements entre Français et Allemands, précisément là où a eu lieu en 843 la division de l’Empire des Francs. On citera Arnold Zweig (1887-1968) qui n’y est jamais allé, Ernst Jünger (1895-1998) qui combattit sous l’uniforme allemand après s’être engagé dans la Légion étrangère, ou encore Maurice Genevoix (1890-1980), Jean Giono (1895-1970), Erich Kästner (1879-1974) et tant d’autres. Au 18e siècle déjà, Verdun avait été le lieu de batailles décrites par Goethe en 1792 au sein des troupes prussiennes, par François de Chateaubriand (1768-1848) dans l’autre camp ou Victor Hugo (1802-1885) bien plus tard. C’est à Verdun aussi qu’en 1984, François Mitterrand et Helmut Kohl se tendront la main et se recueilleront devant les tombes de Douaumont au son d’une Marseillaise jouée par des Allemands et du Deutschlandlied (Chant des Allemands) entonné par des Français, avant de planter ensemble un arbre – le premier depuis 1918 – dans cette « zone rouge » imbibée du sang des combattants de la Première Guerre mondiale. Dernier clin d’oeil, littéraire, à cette vocation lorraine de réconciliation : Philippe Claudel et Philippe Delestre publient en 2008 un livre de jeunesse au titre évocateur : La guerre est finie. Stefan Woltersdorff, qui dirige à Wissembourg (Alsace) l’université populaire Pamina (voir ses contributions sur l’éducation des adultes en France dans Dokumente/Documents 3/2012 et dans ce numéro), propose un savant mélange d’anthologie littéraire et de guide touristique, enrichi de nombreuses anecdotes et citations françaises et allemandes, toutes consacrées bien sûr à la Lorraine, son histoire, ses paysages et ses éminents visiteurs. Montaigne et Fischart au 16e siècle, Bossuet et Moscherosch au 17e, Voltaire et Goethe au 18e, Lamartine et Fontane au 19e, sans oublier anglais. L’auteur fournit les traductions de toutesSartre et Döblin au 20e – eux, et d’autres encore, ont pour point commun d’avoir construit à leur manière cet espace littéraire, en latin ou en français, en haut-allemand ou en patois, voire en les citations étrangères – le cheminement inverse (traduction en français des témoignages écrits dans une autre langue) ferait de ce livre sans conteste un outil de référence, y compris pour les Lorrains.
Vagabondage linguistique
En six chapitres l’auteur brosse le portrait de six contrées entre les Ardennes et les Vosges, de Bitche (Bitsch en allemand) jusqu’à Charmes-sur-Moselle en passant par Epinal, la ville qui compte le plus de forêts sur son territoire en France. Chaque commune a droit à son lot de visiteurs plus ou moins célèbres. Bitche par exemple a été décrite en 1794 dans sa Campagne in Frankreich par Johann Wolfgang Goethe (1749-1852), alors étudiant, puis en 1869 par Emile Erckman (1822-1899) et Alexandre Chatrian (1826-1890) dans leur Histoire d’un paysan. L’occupation bavaroise en 1870 fera l’objet d’un texte de Theodor Fontane (1819-1898) dans Aus den Tagen der Okkupation. Le cinéaste Gérard Mordillat relatera la bataille de mars 1871 dans son film-documentaire, La forteresse assiégée (2006). Heinrich Böll (1917-1985), soldat, gagnera les casernes de Bitche en 1944, avant que son régiment ne soit envoyé sur le front de l’Est. Et depuis 1997, une télévision locale, TV Cristal, produit depuis cette commune un programme trilingue (français, allemand, patois) avec un auteur du cru, Raymond Colling, connu pour ses traductions des fables de La Fontaine dans le dialecte de Bitche en 1987. Non loin de là, à Hambach (une localité connue pour ses usines Smart, d’où son surnom de Smartville), un curé rebelle, Louis Pinck (1873- 1940), muté en 1908 en ces lieux pour avoir critiqué trop vigoureusement les autorités allemandes, a passé les 32 dernières années de sa vie à parcourir 150 villages de Lorraine pour y recueillir les chants et les mélodies locales et les publier ensuite sous le titre Il faut toujours lustig sein. Autre richesse du patrimoine régional : Stefan Woltersdorff cite les différentes écritures des communes qu’il évoque. Château-Salins s’appelait Salzburg, Wich est devenu Vic-sur-Seille, la Duosa Villa des Romains est passé de Duss à Dieuze, Zetting portait le nom allemand de Settingen, Püttlingen a été rebaptisée Puttelangeaux- Lacs, Zemmingen Zommange et Essesdorf Assenoncourt – la liste est longue de toutes ces adaptations linguistiques aux bouleversements géopolitiques des siècles passés. Parfois le « vagabondage » linguistique produit des néologismes surprenants qui reflètent la complexité linguistique de la Lorraine et de son histoire. Isaac Lang (1891-1950), né à Saint-Dié-des-Vosges, est plus connu sous son nom d’écrivain, Yvan Goll. Ses premiers poèmes ont été écrits dans les deux langues et signés Iwan Lazang (contraction du nom de sa mère, Lazard, née à Metz, et de son père, Lang, alsacien). Son copain de classe, Viktor Wendel (1890-1944) adaptera quant à lui son poème Chanson lorraine en fonction du vocabulaire, faisant de la pluie une « petite soeur » en français et un « petit frère » en allemand (le mot Regen, la pluie, est masculin). La gare de Metz est également témoin de ces évolutions : sur la façade de ce « gros pâté » (dixit Maurice Barrès, 1862-1923), la statue du Roland avait jusqu’en 1918 les traits du Generalfeldmarschall Gottlieb Ferdinand Graf von Haeseler (1836-1919), appelé par les Français « le diable de Metz », avant d’être remplacé par un soldat gauloi portant sur son bouclier non plus l’aigle impérial, mais les armes de la ville. Dans la région à l’est de la capitale lorraine, entre Pays messin et Pays de Nied, on trouve la localité de Charly (Karlen), dont la population de 600 âmes fut chassée pendant la Seconde Guerre mondiale en zone libre – 39 habitants se réfugièrent à Oradour-sur-Glane, près de Bordeaux, où ils furent exécutés avec les autres villageois par l’occupant allemand. En souvenir de cet atroce chapitre, la commune lorraine s’appelle aujourd’hui Charly-Oradour. Quant aux deux ruisseaux, Nied Allemande et Nied Française, ils portent certes le même nom dans les deux langues, mais l’un se prononce Nide, l’autre Nié.
Spécialités culinaires
Qui dit culture, dit aussi gastronomie. Stefan Woltersdorff n’oublie pas que dans tout guide touristique la bonne table occupe généralement une place de choix. L’auteur ne s’en prive pas et cite par exemple l’anecdote du château de Commercy : en 1755, le cuisinier du roi Stanislas avait disparu le jour où le souverain avait des invités. C’est une servante qui sauva la situation en créant un dessert original avec seulement du beurre, de la farine et du citron. Ravi de cette improvisation, le roi donna au dessert le nom de la servante – Madeleine. A la mort de Stanislas, les madeleines étaient connues dans tout le pays et le secrétaire de Bismarck en envoya à Berlin au chancelier pendant la guerre franco-allemande de 1870. La consécration littéraire de la madeleine de Commercy ne date cependant que de 1913 : Marcel Proust (1871-1922) en parle le premier dans son roman A la recherche du temps perdu. Autre anecdote : les Prussiens en 1774, supposant une tentative d’empoisonnement, avaient fait exécuter 14 jeunes filles qui les avaient accueillis en leur offrant les célèbres dragées de Verdun, ces mêmes dragées que Goethe, malgré les combats, avait envoyées à son amante, Christiane Vulpius. Inventées par un apothicaire de Verdun en 1220 comme médicament contre l’infertilité, ces dragées constituent aujourd’hui encore un cadeau traditionnel en France lors des mariages et des baptêmes. Et si la Lorraine n’est pas vraiment réputée pour ses vignobles, elle l’est en revanche pour son eau minérale, à Vittel et à Contrexéville, où quelques auteurs maladifs ont cherché à retrouver la santé, même si aujourd’hui les riches et les célébrités apprécient plus la Côte d’Azur que les sources vosgiennes de Plombières-les-Bains, découvertes par les Romains et qui ont donné leur nom à une glace aux fruits confits, servie lors de l’entrevue de Plombières en 1858, entre Napoléon III et le royaume de Piémont-Sardaigne. Toutes ces anecdotes témoignent de la richesse culturelle de la région. En 1994, à Fontenoy-la-Joute (300 habitants), 18 antiquaires, un relieur, un fabricant de papier et un calligraphe ont réuni 600 000 ouvrages pour transformer le hameau en Village du Livre (titre très officiel décerné en 1996) qui attire 90000 visiteurs par an. Une source inestimable pour rechercher les écrits consacrés à la région. Mais ce n’est pas la seule origine des informations glanées par l’auteur : des monuments aux morts, des châteaux, des plaques commémoratives, des stèles viennent compléter la longue liste des citations. Sans oublier bien sûr le nouveau Centre Pompidou, construit derrière la gare de Metz.
Gérard Foussier
Auf den Spuren europäischer Dichter und Denker
Lothringen – Heimat von Jeanne d’Arc und Schauplatz verheerender deutsch-französischer Kriege, die u. a. von Goethe, Zweig, Jünger, Genevoix und Giono thematisiert wurden – ist eine kulturell reiche Region im Herzen Europas, ein Bindeglied zwischen Ost und West. Stefan Woltersdorff, Leiter der Volkshochschule Pamina im elsässischen Wissembourg, hat sich sich hier in sechs Teilregionen auf "Spaziergänge mit Dichtern und Denkern Europas" begeben: u. a. Montaigne und Fischart im 16., Bossuet und Moscherosch im 17., Voltaire und Goethe im 18., Lamartine und Fontane im 19. und Sartre und Döblin im 20. Jahrhundert – eine kenntnis- und anekdotenreiche literarische Anthologie (mit einer Vielzahl deutscher und französischer Zitate) und ein ungewöhnlicher Reiseführer, der sich auch durch gründliche Recherchen vor Ort auszeichnet.
Red.



