Introduction à la sociologie allemande

Autor/Hrsg Auteur/Editeur: Papilloud, Christian
2011, Liber, Montréal, ISBN10: 2895783179

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Rezension / Compte rendu:
Un outil d'orientation

Introduction à la sociologie allemande

Christian Papilloud, lui-même professeur de sociologie à l’université de Caen Basse-Normandie, présente dans ce livre d’une lecture agréable un bon siècle et demi d’activité intellectuelle et institutionnelle marqué par les diverses ramifications de la sociologie allemande (philosophie, économie politique, psychologie). C’est tout le mérite de l’auteur que de livrer une riche galerie de sociologues, où ne figurent pas seulement les grands noms et qui est complétée par une liste des principales revues de sociologie paraissant en Allemagne (dont la plus ancienne, la « Kölner Zeitschrift für Soziologie und Sozialpsychologie », date de 1921 et qui publie aujourd’hui encore des études empiriques) ainsi que des principales universités et facultés allemandes en sociologie pour l’enseignement et la recherche (dont celle de Erfurt fondée en 1378 et refondée en 1994 en Thuringe).
Présenter la sociologie, c’est d’abord en rappeler les origines. C’est ce que fait l’auteur en décrivant la première école de psychologie des peuples (« Volkspsychologie ») fondée en 1860 par Moritz Lazarus (1824-1903) et Heyman Steinthal (1823-1899), qui chercheront à savoir « comment l’environnement social et culturel dans lequel vivent les peuples peut influer sur le comportement des individus ». Il y a eu trois écoles de psychologie des peuples, la deuxième a été fondée au début du 20e siècle par Wilhelm Wundt (1832-1920), la troisième par Richard Thurnwald (1869-1954) après la Première Guerre mondiale. Ces trois écoles, dont il ne reste pour ainsi dire rien aujourd’hui, « ont donné une impulsion nouvelle dans le champ des sciences humaines » qui se traduit par l’avènement de la sociologie avec Georg Simmel (1858-1918). Les théories qui suivront ont eu une influence considérable sur les intellectuels allemands, divisés quant à la tradition marxiste de Karl Marx (1818-1885) et Friedrich Engels (1820-1895) qui dénoncent « les inégalités sociales générées par l’industrialisation au 19e siècle ». Max Weber (1864-1920) proposera son analyse de la société moderne (rationalisme critique), Ferdinand Tönnies (1855-1936) et Alfred Vierkandt (1867-1953) élaboreront les grandes lignes d’une philosophie sociale comme science du collectif.
La deuxième partie du livre couvre les années 1920 jusqu’à l’immédiat après-guerre (école de Francfort, phénoménologie, constructivisme social, sociologie de la connaissance, etc.), la troisième partie présente la sociologie allemande jusqu’au début du 20e siècle (notamment école de Cologne, sociologie systémique, positivisme).
L’auteur rappelle aussi que la crise économique de 1929 a mis fin à tous les espoirs d’amener le pays sur la voie d’une démocratie moderne et fait ainsi le lit du national-socialisme. L’accès des nazis au pouvoir en 1933 se solde, pour la sociologie allemande, par un schisme : « Beaucoup de sociologues émigrent », alors que d’autres se rallient au pouvoir, « de la façon la plus servile qui soit », pour faire de ce qu’ils appellent désormais la « sociologie germanique » la seule et unique discipline nationale, bannissant les sociologies formalistes, rationalistes et marxistes. Cette sociologie germanique, sans concepts, ni méthodes, ni histoire, « s’en tient à décrire la réalité présente en Allemagne dans l’intérêt du peuple ». Christian Papilloud note qu’à cette époque « l’antisémitisme, l’antidémocratisme et l’anti-intellectualisme de la sociologie nazie ne choque pour ainsi dire presque personne. Ses idées sont de plus en plus populaires y compris chez les intellectuels. Voilà pourquoi les recherches contemporaines sur cette période de la sociologie allemande relèvent souvent la normalité désarmante avec laquelle certains sociologues s’adapteront au régime politique en place pour finalement le servir et l’aider à planifier aussi bien le développement de l’économie que les sacrifices nécessaires à la bonne marche de cette économie », notamment l’épuration des populations qu’ils qualifient       « d’impures ». L’auteur n’oublie cependant pas que cette sociologie nazie a eu des précurseurs bien avant la Première Guerre mondiale, avec des racines dans le pangermanisme et le panromantisme allemand. Les Archives pour la biologie des races et de la société par exemple ont été fondées en 1904, la Société allemande pour l’hygiène raciale date de l’année suivante. Certains intellectuels, comme Georg Simmel et Max Weber, chercheront à les exclure de la Société allemande de sociologie, mais sans succès.
En fin d’ouvrage, Christian Papilloud souligne les nouvelles difficultés auxquelles la sociologue allemande, qui s’est fortement structurée durant ces deux dernières années, est aujourd’hui confrontée : selon lui, les réformes engagées dans le cadre de l’application du processus de Bologne n’ont pas débouché sur une autonomisation de la discipline dans le champ des sciences humaines, la sociologie sociologie, écrit-il, se trouve de plus en plus assimilée aux autres sciences humaines (histoire, philosophie, géographie, littérature) et rangée sous le label vague des sciences de la culture (« Kulturwissenschaften »).
Autre difficulté : l’instauration d’universités d’excellence en Allemagne « a eu l’effet paradoxal de stimuler une concurrence inédite entre les universités et les écoles spécialisées, nombreuses à briguer le statut d’université ». Conséquence : au lieu de favoriser la visibilité de la sociologie allemande, ces initiatives l’ont en fait marginalisée dans le champ des sciences humaines, « donnant raison à ceux qui n’ont jamais considéré la sociologie autrement que comme une méthode des sciences de la culture – pour ne pas dire un sous-produit de la philosophie ».
On notera au passage les fins de chapitres intitulées « Par où commencer en langue française ? » et qui permettent au lecteur de trouver les publications francophones consacrées aux divers aspects de la tradition féconde de la sociologie allemande « qui a généreusement nourri la pensée sociologique mondiale ». Selon Christian Papilloud, cette diversité « ne reflète pas seulement le dynamisme de la sociologie de la culture en Allemagne aujourd’hui ». Pour l’auteur de cette « boussole », la diversité présente aussi « une constellation de multiples chantiers qui se profilent dans un dialogue constant avec les grandes traditions de la sociologie à l’étranger ».

Hilfreicher Kompass
Der französische Soziologe Christian Papilloud hat dem Rezensenten zufolge eine überaus ansprechende Einführung in die deutsche Soziologie vorgelegt – eine "Orientierungshilfe" von den Anfängen der Volkspsychologie über das Schisma von 1933 bis 1945 und die drei großen Schulen der Nachkriegszeit bis in unsere Tage.
Red.

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