L'agenouillement au Ghetto

Autor/Hrsg Auteur/Editeur: Saint-Paul, Gérard
2012, Editions Michel de Maule, Paris, ISBN10: 2876234734

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Rezension / Compte rendu:
Un grand Allemand

L’image a fait le tour des agences de presse dans le monde : l’agenouillement du chancelier Willy Brandt le 7 décembre 1970 devant le monument aux victimes du ghetto de Varsovie a surpris jusqu’à son proche entourage. « J’ai fait ce que font les hommes quand les mots leur manquent », dira Willy Brandt après ce geste historique (« beau et fou », écrit l’auteur) voulu pour demander pardon au nom de ses compatriotes. Gérard Saint-Paul est journaliste, il a été correspondant de la télévision française en Allemagne, il a dirigé l’information sur Arte et c’est en journaliste et témoin qu’il revient sur ce moment émouvant qu’il compare à l'image de François Mitterrand et Helmut Kohl, main dans la main, à Verdun en 1984. Il cite les propos sévères de l’écrivain Günter Grass (prix Nobel de littérature en 1999) lus dans son livre Mon siècle, dans lequel il pastiche un journaliste allemand hostile à cet agenouillement (« L’ivrogne nous la fait à la catholique »), qualifiant de geste de « pardon photogénique ». Le journaliste de Grass a beau être imaginaire, il révèle néanmoins le malaise suscité par cette image, d'aucuns notant au passage que Willy Brandt, « qui voulait être journaliste et le fut un temps, connaissait sans doute les étranges facteurs de déclenchement mémoriel qui se bousculent au cours d’une vie mouvementée et aventureuse ». Gérard Saint-Paul s'étonne d’ailleurs qu’en 1973, lors de la première visite officielle d’un chancelier allemand en Israël, le recueillement de Willy Brandt au mémorial de Yad Vachem ne gardera pas pour lui « la
même intensité mémorielle, quasi-hyper-mnésique de Varsovie ».
Pour l’auteur, ce travail de remémoration permet de faire le portrait de ce grand homme, qui en 1933, dès l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir, s'était embarqué pour la Norvège afin de fuir la Gestapo, adoptant en 1938 la nationalité norvégienne avant de devenir, entre autre, correspondant de presse en Espagne du côté républicain pendant la guerre civile.
En s’agenouillant à Varsovie en 1970, Willy Brandt (qui n’a retrouvé la nationalité allemande qu’en 1947) porte, à 19 ans de distance, « le premier coup indirect au Mur de Berlin qu'il aura vu construire en 1961 et tomber en 1989 ». Gérard Saint-Paul croit même voir dans le geste de Varsovie « un hommage de solidarité et d’empathie aux juifs eux aussi souvent apatrides et sans papiers comme il le fut un temps de son existence ». En sa qualité de correspondant en Allemagne, l’auteur a réalisé son premier grand reportage à Erfurt, en Allemagne de l’Est, début 1970, lors de la rencontre historique entre Willy (Brandt) et Willi (Stoph), son homologue est-allemand. Sollicité par la foule qui crie son prénom (comment faire la différence entre i et y à la télévision ?), le chancelier apparaît à la fenêtre de son hôtel pour saluer les Allemands de l’Est. Gérard Saint-Paul se souvient : « Tout le monde a la chair de poule, y compris les journalistes présents ». Il concède par ailleurs qu’il existe un véritable danger d’idéaliser l’instant et qu’entre deux souvenirs, il convient de garder le meilleur, comme entre deux maux, il faut choisir le moindre. Mais il note une certitude intangible : celle de la solitude de Willy Brandt, « absorbé pour quelques secondes dans les abysses de sa mémoire peuplée de convictions vraies et inaltérables, qui, elles, ne tremblent pas ».
Gérard Foussier

Gérard Saint-Paul, früherer Korrespondent französischer Fernsehsender in der Bundesrepublik erinnert sich an den historischen Kniefall von Bundeskanzler Willy Brandt in Warschau im Jahre 1970.

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