2006, Armand Colin, ISBN10: 2200268440
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Rezension / Compte rendu:
L’après-nazisme
C’est d’abord un livre sur les limites de la dénazification. C’est ensuite une recherche des traces de l’Allemagne nazie dans l’Allemagne d’aujourd’hui. Et c’est enfin le constat que la rupture avec le passé n’a pas toujours été aussi claire qu’on veut bien l e supposer. Alfred Wahl, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Metz, entend écrire la « seconde histoire du nazisme » en décrivant les cadres du régime national-socialiste qui, à la même place, ont édifié et développé l’Allemagne fédérale. Les titres des chapitres donnent déjà le ton : « Surprise et pragmatisme des Alliés », « Indulgence de la justice allemande », « Continuité ». Cette dernière expression revient d’ailleurs tout au long de l’ouvrage pour mieux démontrer que la rupture avec le passé n’a pas eu lieu et pour vérifier comment, au long des cinquante premières années de la République fédérale, les Allemands ont partagé des préoccupations liées à leur passé, comment ils ont cherché des moyens pour rompre avec lui et prendre un départ nouveau en partant de l’idée de la culpabilité. La description chronologique de la dénazification dans les zones d’occupation occidentales avant la fondation de l’Allemagne fédérale en dit long sur l’état d’esprit des vaincus, mais aussi des forces d’occupation à la recherche de compétences, notamment administratives, dans la population. Tous les domaines de la vie publique et du secteur privé sont évoqués, les exemples sont nombreux qui donnent l’impression douloureuse que l’auteur se complait dans une généralisation abusive. Certes, il note que nul autre que le peuple allemand n'a autant accepté et souhaité, à travers commémorations et analyses, que les pages noires de son passé occupent tant le présent. Mais il en conclut que ce sont des fonctionnaires opportunistes ou s'étant compromis avec le nazisme qui ont édifié un régime authentiquement libéral et démocratique. Pour lui, c’est là « le second miracle allemand, à côté du miracle économique ». Ce n’est certes pas le sujet annoncé en titre de l’ouvrage, mais son auteur aurait pu proposer une comparaison avec les Allemands de la RDA, autre que cette phrase sibylline à propos de la réunification : « Sacrifier la RDA signifiait aussi pour les plus radicaux trahir l’antifascisme sur lequel s’était fondée cette partie de l’Allemagne ». On aurait souhaité plus de détails sur les méthodes déployées par Berlin-Est pour instrumentaliser ce que d’aucuns, dont Alfred Wahl, considèrent comme des excès d’indulgence de la part des Allemands de l’Ouest. Si l’essentiel du livre est consacré aux premières années d’après-guerre, pendant lesquelles d’aucuns préféraient « laisser le passé au passé », quelques pages de l’actualité plus récente, comme la querelle des historiens en 1986 sur ce « passé qui ne passe pas », ne démentent pas les observations des années 50. Pour l’auteur, « de fait, la réunification n’a pas estompé les retours du passé ». Alfred Wahl a repris de nombreux passages de ses nombreux ouvrages précédents sur l’histoire de l’Allemagne. Son analyse est riche en citations et en rappels d’événements parfois oubliés, sans prétention universitaire exagérée, complétée par une bibliographie uniquement allemande. Ce document de travail, qui montre et démontre que les idéologies ne disparaissent pas avec les défaites, est aussi un bon document de réflexion, qui suggère hélas trop fortement que le peuple allemand dans son ensemble n’a pas su retenir les leçons du passé.
Gérard Foussier



